1. Spectrophilie


    Datte: 11/04/2023, Catégories: fh, couple, bizarre, cérébral, revede, pénétratio, fantastiqu, fantastiq, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe

    ... fini par m’apercevoir qu’un ordinateur était resté allumé, en veille. Bien calé dans le fauteuil, cramponné au bord du bureau, j’ai réussi à bouger la souris. L’effort fut intense au début et puis j’ai fini par m’habituer et à retrouver un peu d’aisance avec cet engin. Pareil pour le clavier, au début je ratais une touche sur deux, pas assez de pression, mais c’est venu petit à petit. J’ai compris que j’agissais comme si j’étais encore vivant, avec mes quatre-vingts kilos, mais que maintenant il me fallait un effort beaucoup plus important et notamment avoir un autre point d’appui qui me donne plus de force. J’ai trouvé quelques bouquins correspondant à ma recherche : « fantômes, poltergeists, ectoplasmes, etc. ». Section ésotérisme, répondait le bazar, mais je n’étais pas plus avancé.
    
    L’ordinateur était-il connecté à Internet ? Oui, en sortant du programme de gestion des bouquins. Là, je me suis régalé, j’ai passé la nuit à trouver tout et n’importe quoi, comme toujours sur la toile. Mais j’ai trouvé quelques trucs intéressants qui ont retenu mon attention. Par exemple, il y a des farfelus qui ont pesé des gens au moment de leur mort. Et à l’instant de la mort, ils ont trouvé que le corps perdait quarante grammes. Quarante grammes, ce doit être à peu près mon poids actuel. D’ailleurs ce n’est pas difficile, il y avait un pèse-lettre tout près sur le comptoir du service : un saut et hop, quarante-trois grammes. Le poids de deux lettres, d’un écureuil… Sur un mètre ...
    ... quatre-vingt-cinq, tu m’étonnes que le vent se régale ! Je compris également pourquoi j’étais invisible : si je pèse deux mille fois moins, c’est que j’ai deux mille fois moins de molécules qu’avant, ou qu’elles sont toutes deux mille fois plus éloignées les unes des autres. Donc la lumière me traverse allègrement, c.q.f.d. Mais ça a aussi des avantages.
    
    Ayant fait cette découverte, je me suis mis à sauter, sauter de plus en plus haut dans ce grand hall de bibliothèque. Jusqu’à toucher le plafond, six mètres au moins, jusqu’à me suspendre au fil d’une lampe. Et pas de bobo quand je retombe. Mais au début, c’est assez terrifiant, je réagissais avec mes anciens réflexes : peur de me faire mal. Il faut donc apprendre de nouveaux comportements pour tirer profit de ces avantages, ne pas pleurer sur les inconvénients. Des gens sont arrivés pour faire le ménage, très tôt, j’ai pu sortir. En passant devant un bistrot juste ouvert, ça sentait trop bon le café. Je suis entré, un type est parti aux toilettes en laissant sa tasse pleine, j’ai goûté en trempant la langue. C’était bon, un petit plaisir de vivant. Je suis passé d’un bond derrière le bar et j’ai fait pareil avec la bouteille de whisky, debout sur son doseur. Il y a toujours une goutte qui reste là, hum… délicieux. Un type lisait son journal en terrasse, le coude posé avec un clope entre les doigts. J’ai réussi à aspirer un poil de fumée, mais c’était une brune âcre et forte, je n’aime pas, dommage.
    
    J’ai traîné dans les rues en ...
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