-
Spectrophilie
Datte: 11/04/2023, Catégories: fh, couple, bizarre, cérébral, revede, pénétratio, fantastiqu, fantastiq, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe
Allez, un, deux, trois, partez ! Je m’élançai comme Usain Bolt à la sortie des starting-blocks, le buste presque horizontal, en faisant attention de ne pas me relever, en faisant de très courtes foulées le plus rapidement possible. Le vent sifflait à mes oreilles, le bord de la terrasse approchait, je me redressai légèrement en allongeant mes foulées, mais pas trop encore, là, maintenant, une grande foulée, je décollai juste ce qu’il faut pour prendre appui sur le muret et hop ! Je donnai tout ce que je pouvais dans ma jambe gauche. Quel bond, je volais, c’était super, j’étais au moins dix mètres plus haut que mon point de départ, je moulinai un peu des bras et des jambes pour essayer de garder l’équilibre. Ahhhh ! Un coup de vent ! Le vent est mon pire ennemi. Quarante-trois grammes pour un mètre quatre-vingt-cinq, c’est à peu près comme une grosse plume. Au moindre souffle, je ne tiens pas si je ne suis pas bien arrimé. Au début, ça m’a causé beaucoup de problèmes : un courant d’air, le souffle d’un camion, d’un bus, même d’une voiture,a fortiori d’un train ou d’un métro et psssit ! J’étais parti à perpète. Heureusement, malgré tous les accidents que j’ai subis, même pas mal ! Oups, j’allai trop loin, j’allai embrasser une cheminée. Non, rattrapé au dernier moment au mât de l’antenne de télé. Pas une égratignure, et pour cause… Je suis mort, mort d’une mort stupide, en pleine fleur de l’âge. Je me souvenais de tout, de ma vie passée et aussi de ma mort. Je ne l’ai pas ...
... cherchée, en même temps ce n’était pas complètement accidentel. Une vie banale, un peu pourrie, mais sans plus, comme tant d’autres. J’avais un bon boulot d’expert-comptable, une petite famille avec une jolie femme qui m’avait fait deux beaux enfants. Et puis, et puis… l’usure du temps, de l’habitude. J’ai voulu assurer un max : maison, deux voitures, vacances. J’ai beaucoup bossé, passé beaucoup de temps au boulot, trop sûrement. Je n’ai pas trop vu mes gosses grandir, je rentrais tard, épuisé et les nerfs à vif, je partais tôt. J’ai oublié de dire à ma petite femme qu’elle était jolie et que je l’aimais. Un rien m’agaçait et on se disputait au lieu de se dire des mots d’amour, au lieu de faire l’amour. Un beau jour, je suis rentré d’un séminaire d’une semaine après une violente dispute le week-end précédent, la maison était vide. Mais quand je dis vide, c’était vide à l’exception de mes affaires personnelles. Plus de femme, plus de gosses. Juste une lettre sur l’unique table de la cuisine, une lettre d’avocat qui me convoquait à un entretien de divorce. Le monde s’est écroulé, j’ai pleuré, j’ai picolé, j’ai essayé de lui parler, trop tard. J’ai vendu la maison, j’ai tout donné à ma femme et à mes enfants, croyant bien faire. Ça se substituait à toute pension alimentaire, mais ça me paraissait bien qu’ils aient de quoi repartir dans la vie. En fait, ça a été le moyen pour mon ex de couper définitivement les ponts. J’ai changé de boîte pour avoir plus de temps, mais je ...