1. Un si gentil fantôme (2)


    Datte: 27/12/2022, Catégories: Divers, Auteur: Jane Does, Source: Xstory

    ... sa rousse. Songer à l’amour revient à la faire sursauter. Saurait-elle toujours étreindre ? À force d’oubli, son ventre ne s’est-il pas hermétiquement clos à toute activité de ce style ? Bizarre ces folles pensées en ce petit matin triste.
    
    Daniel, Mathis, même sang, même amour ? Pas si sûr qu’elle veuille y croire. Dans sa folie ordinaire de trop de chagrin, des lueurs de lucidité qui lui rappellent que certains gestes sont interdits. Mais comment faire la différence lorsque le corps et le cœur sont presque morts, qu’il ne survit que des souvenirs pour la tenir debout ? Puis ce jeune homme, pourquoi son visage se superpose-t-il à celui de son Mathis absent depuis trop longtemps ? La fleur de nylon qui virevolte sur son épiderme la renvoie vers des moments profondément enfouis en elle.
    
    La serviette fait son office et la sèche de la tête aux pieds. Pourquoi dans la buée de la paroi de verre de la douche lui semble-t-il qu’une ombre s’est enfuie ? Son esprit embrumé ne parvient plus à dissocier le vrai du réel ? Pourquoi son fils réclame-t-il sans le dire ce qu’elle a tellement donné à son père ? Se peut-il que les enfants suivent les traces de leurs parents jusque dans ce souci du détail ? Il est un mot qui danse là, au fond d’elle, qui s’il est de blanc vêtu la révolte, et de noir habillé lui donne le tournis. Inceste !
    
    La maison est d’un coup si calme. Mathis étudie encore ? Elle passe des vêtements propres. Culotte, soutien-gorge se perdent sous un chandail et une ...
    ... jupe. Un trait rouge cerise vient rehausser l’éclat d’un visage trop pâle. Et puis elle rêve de chaleur, de cet intense bonheur à jamais perdu. La chambre est entrouverte, il travaille, le nez dans son bouquin. Le minois frais aux yeux pétillants de fièvre s’encadre dans le chambranle de la porte.
    
    — Ça va mon chéri ? Je peux entrer ?
    
    — Mais oui ! Vous êtes chez vous ici aussi, Maryse.
    
    — Je sais que j’ai l’air un peu… déboussolée depuis un moment. C’est que je n’arrive pas à m’y faire, je ne veux pas y croire combien tu as grandi. Tu es devenu un homme, le portrait craché de ton père, tu sais.
    
    — Vous ne le connaissez pas.
    
    — Mais si ! On ne fait pas un enfant toute seule voyons. Nous nous sommes aimés lui et moi jusqu’à ce que cette…
    
    — Vous vous faites du mal Maryse. Pourquoi ressasser ces douloureux épisodes de votre existence ? Vous êtes belle, vous pouvez encore plaire à bien des hommes, je vous l’assure.
    
    — Plaire ? Que voici un mot que je n’aime plus. Si plaire se limite à ce que je sais des hommes… qu’ils sont en érection pour la première chienne coiffée d’une casquette qui passe… alors non ! Je ne veux plus jamais plaire à ce genre d’individu.
    
    — Mais… on peut avoir envie de vous sans pour autant que ce soit mal.
    
    — Tu ne peux, ne dois pas penser cela. Je suis bien lorsque tu es là, heureuse serait même le vocable le plus juste. Mais ne parlons plus de rien. Vivons ces jours, ces heures qui nous séparent de ton retour à tes études. Je te veux pour ...
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