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À dans dix ans
Datte: 13/11/2022, Catégories: fh, ff, anniversai, amour, caresses, mélo, rencontre, Auteur: Patrick Paris, Source: Revebebe
... marimba, sorte de grand xylophone africain, est installé en bonne place. Nous nous croisons dans les coulisses, mais elle ne me voit pas. Je la laisse, ce sera bientôt son heure de gloire. Romane, virtuose percussionniste, seule femme à jouer du marimba en concert. Elle a adapté un grand nombre d’œuvres à son instrument favori. J’entends le Boléro de Ravel comme on ne l’a jamais entendu, tandis que dans ma loge je me change pour le final. Un coup d’œil dans le miroir, ma robe moule un peu mes seins et mes fesses, une soliste a toujours un petit côté sexy. Je me plais. Depuis les coulisses, j’assiste au final de Romane. Je ne peux détacher mes yeux de ce petit bout de femme qui danse derrière son instrument, c’est là où le terme de virtuose prend tout son sens. Ovation finale, tous les spectateurs sont debout. Ils ont dû comme moi découvrir une nouvelle musique. Couverte de fleurs, Romane est rappelée à de nombreuses reprises, elle salue timidement, et seule devant l’orchestre debout, elle joue une œuvre de sa composition qui se termine sous un tonnerre d’applaudissements. Je suis heureuse pour elle. Je vais clore la soirée. Nous nous croisons alors que je m’apprête à revenir sur scène pour le final. Juste un petit signe. Sous les applaudissements du public, j’entre seule sur la scène mon violoncelle à la main. Les chaises des musiciens de l’orchestre sont vides, seuls leurs instruments sont posés dessus. Le public retient son souffle. Prenant ma ...
... respiration, serrant l’archet entre mes doigts, j’attaque les premières mesures de la Sarabande de Bach. En fermant les yeux j’entends Rostropovitch, je me souviens de tout… mon émotion est à son comble… je me souviens de Kurt… des larmes coulent sur mes joues… mon archet étire la dernière note, je la fais durer un peu plus que prévu, elle meurt dans un silence oppressant. La salle est sous le charme, j’ouvre les yeux, difficile d’où je suis de voir les milliers de spectateurs, mais ceux du premier rang un mouchoir à la main essuient une larme au coin de l’œil. Eux aussi se souviennent, eux aussi y étaient. Je relève la tête, fière de moi. À ce moment-là, une salve d’applaudissements, de hourra s’élève de la salle, tout le public est debout, cette fois mes larmes sont des larmes de joie. Une petite fille entre sur scène portant un gros bouquet de fleurs, petite blonde de huit ans, moi, il y a trente ans. Venant de la salle, des dizaines de roses atterrissent autour de moi, je souris mon bouquet dans les bras. En tournant la tête, j’aperçois Romane, elle me sourit. Après, difficile de se soustraire à l’inévitable cocktail avec les autorités et les félicitations toujours difficiles à entendre. Je sens que je rougis un peu sous les compliments, mais c’est si agréable, en baissant les yeux j’en redemande. Rapidement, nous partons, Romane et moi, rejoindre notre hôtel. Passage au bar, nous avons tant de choses à nous raconter. Très vite, ce ne sont pas deux artistes ...