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À dans dix ans
Datte: 13/11/2022, Catégories: fh, ff, anniversai, amour, caresses, mélo, rencontre, Auteur: Patrick Paris, Source: Revebebe
Ce matin, en me réveillant, je m’étire langoureusement dans ce lit presque trop grand, cette fois les organisateurs ne se sont pas fichus de moi. Il faut dire que l’évènement est d’importance, il aura une répercussion internationale. Déjà il y a deux jours quand je suis arrivée à l’aéroport, l’accueil avec ce gros bouquet de roses m’est allé droit au cœur, et quand j’ai vu les affiches, ma modestie en a pris un coup : « Muriel Gautier et Romane Labastide » écrit en gros au-dessus de : « Soirée exceptionnelle, le 9 novembre 2019 ». Nous allons jouer avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin, celui dirigé pendant tant d’années par Herbert Von Karajan. Quel honneur ! Moi, petite française, je partage la vedette avec mon amie Romane, une percussionniste virtuose que je n’ai plus vue depuis de nombreuses années. Je regrette que mon mari ne soit pas à mes côtés, sa présence en coulisses m’est souvent indispensable, cette fois il n’a pas pu se libérer pour m’accompagner, trop de travail. Il suivra à la télévision, retransmission en direct, en mondovision. Trente ans, trente ans déjà que je ne suis pas revenue à Berlin. Je ne sais pas ce qu’évoque pour vous la date du 9 novembre 1989… Moi, je me souviens. Pour la première fois depuis vingt-huit ans, des milliers de Berlinois franchissent le Mur de la honte. Les rues sont en liesse, de nombreux habitants de l’Ouest et de l’Est escaladent le Mur en chantant et se retrouvent ensemble une bière à la main. Ma mère n’a ...
... pas voulu sortir, elle avait peur de la réaction des Russes en se souvenant de Prague et de Budapest. Mais deux jours après, sa curiosité a été la plus grande, avec mes frères, nous avons descendu le Ku-dam, la grande avenue de Berlin-Ouest, pour arriver au Reichstag et à la porte de Brandebourg, en suivant la foule nous avons longé le mur. Papa n’était pas très content, ça aurait pu être dangereux. Mon père travaillait à l’ambassade de France. À huit ans quel souvenir peut-on avoir ? Le mur c’était quoi ? Un terrain de jeu. Les images se brouillent, ma mémoire est floue, seul me reste un son, un son unique, magique : le violoncelle de Mstsislaw Rostropovitch jouant la Sarabande de Bach. Ces images ont fait le tour du monde, mais j’étais là, je l’ai vu, je l’ai entendu, je l’ai écouté. Maman me tirait par la main, je ne voulais pas bouger, fascinée par ce vieil homme qui pleurait en jouant, et sa musique qui envahissait tout mon corps. Sans comprendre pourquoi les gens étaient heureux, je n’entendais que la musique qui sortait de ce gros violon, une musique qui aujourd’hui encore résonne en moi. Hier, je suis retourné sur place. Je n’ai rien reconnu, le mur n’est plus là, de grandes pelouses remplacent le no man’s land où les chiens couraient sous le regard des vopos armés du haut des miradors. Sur les grilles d’un petit jardin à proximité du Reichstag, des photos jaunies, quelques fleurs, le nom de jeunes gens, de jeunes filles, qui ont laissé leur vie en ...