1. À dans dix ans


    Datte: 13/11/2022, Catégories: fh, ff, anniversai, amour, caresses, mélo, rencontre, Auteur: Patrick Paris, Source: Revebebe

    ... exercices d’assouplissement des doigts. Je passerais ma robe à la dernière minute, sinon difficile d’aller aux toilettes si une envie présente se fait sentir.
    
    Toujours le même rituel, presque un cérémonial. Les spectateurs sont à l’heure. Les chaises de chaque musicien ont une place bien précise sur la scène.
    
    À 21 heures, sous quelques applaudissements, les musiciens entrent portant leurs instruments, sauf les percussions et les contrebasses déjà en place. Chacun sait où il va. Petits ballets que les spectateurs suivent pour passer le temps.
    
    Le hautbois donne le la, repris par le premier violon, signal de la cacophonie attendue par tous les spectateurs, chaque musicien accorde une dernière fois son instrument. C’est la tradition, l’annonce du début du concert.
    
    Quelques secondes, le silence s’installe, juste troublé par le raclement de gorge de quelques spectateurs.
    
    Enfin le Chef d’orchestre arrive, il attendait à côté de moi, pas un mot entre nous, on se connaît trop bien, chacun respectant l’autre.
    
    Applaudissements, le Chef salue, un signe de sa main vers la coulisse, je prends une grande respiration et je me lance.
    
    Majestueusement, sans regarder personne, je traverse les quelques mètres qui me séparent de ma place, je salue le public, sobrement, avec classe. Je serre la main du Chef, du premier puis du deuxième violon, petit signe de tête vers l’ensemble de l’orchestre. Je suis la reine du moment, tous les regards sont braqués sur moi.
    
    Je suis ...
    ... prête, les yeux fermés, tenant bien serré mon instrument. Le Chef lève sa baguette, les premières mesures du concerto retentissent, pas besoin de partition, j’ai tout en tête, j’attends juste le coup de baguette qui me donnera le départ.
    
    Premier mouvement, c’est à moi. Le silence de la salle m’enveloppe… mon archet vole sur les cordes de mon violon. Ce n’est pas moi qui joue, c’est la musique qui me porte.
    
    Dernière mesure… silence… personne n’ose bouger. Le Chef se retourne déclenchant les applaudissements, des vivats fusent, la salle est debout, je vois peu de monde, mais je suis heureuse, tellement heureuse à ce moment-là, je ne donnerais pas ma place pour tout l’or du monde, je salue en baissant la tête. Les Cordes de l’orchestre applaudissent à leur manière, en frappant doucement leurs archets sur leurs instruments, reconnaissance de la profession.
    
    À l’inverse des concerts de jazz où tout le monde applaudit toutes les cinq minutes, une particularité des concerts classiques, les spectateurs n’applaudissent qu’à l’arrivée des musiciens et du Chef, et après la dernière mesure, jamais entre les mouvements, courtes poses de quelques secondes de silence quasi religieux, juste perturbées par le froissement des partitions que les musiciens déploient devant eux.
    
    Après cinq ou six rappels, où avec le chef nous venons saluer, c’est l’entracte. La lumière se rallume, les techniciens vont préparer la scène pour Romane. Son instrument de plus de deux mètres de long, un superbe ...