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Après l'aube... un jour nouveau !
Datte: 18/10/2022, Catégories: nonéro, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe
— Suzanne ! Suzanne, levez-vous ! La porte s’est ouverte, presque sans bruit et la directrice est là. Je sais pourquoi. Je ne dormais pas de toute façon, comme depuis toutes ces nuits de ces dernières années. Elle n’est pas seule dans l’espace réduit qui me sert de chambre. Elle me le redit. — Suzanne, levez-vous ! C’est… l’heure ! Oui ? Dans ma tête, outre la peur, les images se bousculent. Elles me plongent loin en arrière, me font revenir vers un temps où le bonheur avait un nom. — xxxXXxxx — — Suzanne ! Suzanne, lève-toi. — Maman ? Mais… — Lève-toi, ma chérie. Papa… est parti. Parti ? Mais il est si malade, comment peut-il s’en être allé, comme ça, juste au petit matin ? À treize ans la vie ne m’a pas encore appris ces choses-là. Papa, c’est Zéphirin ! Ça fait des mois qu’il est alité, malade. Et moi… comme Madeleine, maman, entre les vaches et les champs, nous nous relayons pour le faire manger, boire, le laver aussi. Alors comment peut-il être parti ? Le docteur est venu. Assis au bout de la table, il a écrit sur un grand carnet. Une feuille détachée est toujours devant mes yeux. Je sais lire et écrire, j’ai mon certificat d’études. Maman a les doigts qui tremblent en ramassant celle-là. — Suzanne ! Va chercher le grand Zach ! En passant, dis à Margot qu’il faut qu’elle vienne m’aider. Margot ! C’est la femme du boulanger. Elle pose sa patte sur ma joue quand je lui fais la commission de ma mère. Son regard… il a l’air triste d’un coup. Le ...
... Zach lui… aussi a un geste d’affection. Mais c’est sur mon épaule que sa grosse main vient se refermer. Il ne dit rien. Sa femme me propose un café ! — Ça va te remettre ! Et puis tu sais, Suzanne, c’est mieux pour tout le monde qu’il soit parti ton père ! Il devait bougrement souffrir. — … À mon retour, les femmes ont mis son plus beau costume à papa. Il a son chapelet entre ses doigts joints sur sa poitrine. C’est donc cela pour eux tous… partir ? Je viens enfin de comprendre… mon papa est mort. Je suis triste aussi, mais personne ne s’en rend compte. Il ne me parlait plus beaucoup mon père, mais il me souriait encore… de temps en temps ! Ce matin-là, les vaches sont pour moi, toute seule. Maman a autre chose à faire. Ensuite la caisse est sur le chariot, celui de Zach. Nous suivons tous pour aller à l’église. Les voisins, le médecin, les amis, mes oncles et tantes. Un tas de gens que je ne connais qu’à peine. Il y a le curé dans son habit noir. Une robe comme nous les filles. Il nous attend devant la porte de la grande maison sans cheminée. Et les cloches sonnent. C’est pour toi, papa Mathurin, pour ta dernière messe. Je suis cela comme si ça ne me concernait pas vraiment. Il est là, dans mon cœur ce papa qui s’en va. — xxxXXxxx — — Suzanne… la décision de la cour… Les mots se perdent dans le mur de silence qui me protège de tous ces gens. Les femmes qui sont autour de la directrice attendent sans un bruit. Leurs visages sont tournés vers moi, ou plutôt ...