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Monsieur Jean
Datte: 11/09/2022, Catégories: fh, jeunes, init, confession, mélo, portrait, historique, historiqu, Auteur: Radagast, Source: Revebebe
... assistant. Qu’il allait former ce gamin, lui apprendre le métier. Que ma mère ne devait pas se faire de soucis, ne pas lui verser de salaire, il lui suffisait d’avoir un toit, quelque chose dans son assiette et des vêtements, mais tout ça, monsieur Paul et son épouse s’en chargeaient. Dans la réalité, ma mère lui glissait de temps à autre une pièce, tant il mettait de cœur à l’ouvrage. Moi je découvraisun garçon, une espèce de bipède inconnue. Je n’étais entourée que de femmes, à la rigueur monsieur Paul, comme homme, mais vu son âge je pouvais le classer dans une catégorie à part. Au collège ou au lycée, il n’y avait que des filles qui gloussaient comme des dindes lorsqu’elles croisaient des garçons empotés – la mixité vint beaucoup, beaucoup plus tard. Même à l’église, les adolescentes étaient séparées des garçons, ainsi que les femmes mariées l’étaient de leurs conjoints. Le curé vous unissait devant Dieu, et vous séparait aussitôt après, toujours dans la maison de Dieu… incohérent. Les hommes à gauche, les femmes à droite. Comme si on allait organiser des parties fines dans la travée centrale. Aussi étais-je très intéressée par ce spécimen. Les cheveux blonds, des yeux noisette aux longs cils, le visage fin sur un grand corps dégingandé. C’est qu’à cet âge-là on grandit vite sans trop prendre de muscles. Il s’était arrêté au certificat d’études et du coup consacrait tout son temps au jardinage, bien qu’il sache lire, écrire et compter ...
... couramment. *********** Je participais aux tâches ménagères, cuisine, lessive, il était loin le temps où tout tombait tout cru dans mon bec. Mais je ne me plaignais pas, j’apprenais plein de choses, tant en chimie qu’en physique en mélangeant des produits ménagers ou en chauffant un pot-au-feu. Il suffit juste de garder sa curiosité éveillée. Et ce bougre d’adolescent l’éveillait bien, ma curiosité. À chacune de nos rencontres, il bégayait et rougissait, ce qui faisait rire nos employées de maison. Les travaux ménagers et mes devoirs terminés, je pouvais faire ce que je voulais. En général, je me promenais dans le parc, allais discuter un peu du potager avec monsieur Paul, histoire de faire bafouiller de plus belle son assistant, qui triturait sa casquette et rougissait à chacune de nos rencontres. Je sais, je ne faisais pas preuve de charité chrétienne, mais les distractions étaient rares. Le regarder en douce biner ou tailler les rosiers faisait fuir ma morosité. C’est lors de ces visites que j’appris qu’il se prénommait Jean. — Jean, arrête de bafouiller ainsi devant mademoiselle Mireille, elle va te prendre pour un benêt. — Laissez, monsieur Paul, ce n’est pas grave. — Si, c’est grave, imaginez que je l’envoie acheter des graines de courgettes et qu’il me ramène des semences de tapissier ! J’éclatai de rire, il devint écarlate, les yeux baissés il n’osait me regarder. Certes, je manquais de miséricorde, mais je masquais mon trouble par ces rires que je regrettais ...