1. Chroniques pénitentiaires d'une rebelle 5


    Datte: 10/09/2022, Catégories: Entre-nous, Les femmes, Auteur: Sappho, Source: Hds

    ... inversée, la peur inspirée par Laval maintenait la cohésion, quoiqu’on en dise. L’équilibre est rompu désormais, pas très futé de la part d’une étudiante en histoire. La Rome antique, ça ne te rappelle rien ? L’insécurité permanente.
    
    Putain ! Je n’ai pas envisagé les choses sous cet angle, les matonnes non plus, on est loin d’avoir le recul d’un commissaire de police en la matière.
    
    – Une véritable méchante va débarquer au bloc un de ces jours, une qui aura déjà pris perpette, et se moquera de passer quelques semaines au mitard. Tu vas devoir apprendre à te défendre ou tu risques de souffrir.
    
    Transformer la cellule en salle de sport ? Pas évident avec les caméras ; de plus, je n’ai jamais été douée dans ce domaine.
    
    – Tu veux dire...
    
    – La totale, ma belle, remise en forme puis entraînement aux méthodes de combat de la police. Mieux vaut prévenir que guérir. On fera ça à la buanderie, la surveillante nous foutra la paix.
    
    C’est si grave ? Comment imaginer que tenir tête à une conne puisse avoir de telles conséquences, ça m’apprendra une fois de plus à fermer ma grande gueule. Je devrais avoir retenu la leçon depuis le temps.
    
    – Je suis désolée.
    
    – Non, c’est moi l’ancienne, j’aurais dû te prévenir...
    
    – Hum, hum.
    
    La blondinette, qu’est-ce qu’elle fabrique à la porte de notre cellule ! La bouche en cœur, le regard bas, on dirait qu’elle marche sur des œufs. Christelle tapote ma main puis se lève.
    
    – Je vous laisse.
    
    Eh ! attends ! Le comportement de ...
    ... Laval à l’égard de cette nana me filait de l’urticaire, d’accord, mais je n’ai rien à lui dire, moi, on ne se connait même pas. Christelle tire la porte dans son dos, un sourire moqueur aux lèvres, je la soupçonne de vouloir monter la garde à proximité, que personne n’empêche la championne du bloc A de jouir de sa victoire. Merci pour cette jolie preuve de complicité entre codétenues, tu me la paieras. Et moi, je fais quoi maintenant ?
    
    Quelle galère ! Margaux, c’est son prénom, a pris place sur la couchette près de moi, en attente. De quoi ? Je n’en sais fichtrement rien tant un sourire timide laisse planer le mystère sur ses intentions. En a-t-elle seulement ? Rien n’est moins sûr. Pour un peu, on se croirait à un premier rendez-vous arrangé par une agence matrimoniale en dépit du bon sens. Jamais l’expression « se faire chier comme un rat mort » ne m’a paru aussi appropriée que cet après-midi, je fais finir par allumer la télé à ce rythme, ou m’allonger pour une sieste.
    
    – Je sais comment ça marche, c’est pas beaucoup mieux dans les centres pour mineurs. T’as été cool ce matin.
    
    C’est sympa mais... j’ai agi dans mon intérêt sans vraiment penser au sien, afin de gagner ma tranquillité d’esprit, non une éventuelle gratitude dont je ne sais que faire. Mes épaules ne sont pas assez large pour le costume de redresseur de torts. Le lui dire serait méchant vu la manière dont ses codétenues la traitent, autant la laisser rêver un peu. Elle sait parler au moins.
    
    – De rien. ...
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