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Chroniques pénitentiaires d'une rebelle 5
Datte: 10/09/2022, Catégories: Entre-nous, Les femmes, Auteur: Sappho, Source: Hds
... d’ironie derrière l’indifférence. – À vos ordres, mon lieutenant. Les autres l’observent à la dérobée, mi amusées mi intriguées, persuadées qu’on la réquisitionne pour une corvée, tant mieux. Son secret est à l’abri avec moi, règle tacite n° 1 : pouvoir se faire confiance entre codétenues. – Alors Marvault, ça va ? La question d’apparence banale reflète la méchanceté pure du personnage, Laval me lance un sourire carnassier en resserrant son étreinte sur la blondinette intimidée dans une attitude de défi. Je l’ignore, du moins j’essaie. Retrouver la tranquillité de la cellule, fermer les yeux, penser à ma petite sœur qui me manque, c’est tout ce que je demande en ce moment, au moins jusqu’au retour de Christelle. Le vague à l’âme me submerge, me plonge dans l’abîme de ma propre déchéance, l’autre n’est que l’étincelle qui peut mettre le feu aux poudres. – Ta femme est partie se faire baiser ailleurs, tu vas t’emmerder, ajoute-t-elle assez fort pour être entendue au bout du bloc A. Viens avec nous, on va se faire du bien toutes les trois. Quelle salope ! Non, je ne baisserai pas les yeux parce que les autres le font, surtout pas aujourd’hui. Le souvenir de la douleur de Christelle me revient en pleine figure, il ne peut rien m’arriver de si terrible. Un procès synonyme de rab dans ce bourbier ? Il faut savoir prendre des risques. Un séjour à l’infirmerie ? Je m’en remettrai, ça me fera des vacances. – Arrête de te la péter, Laval, tu fais ...
... chier. C’est sorti avec la ferme volonté de blesser ; cette connasse l’entend de cette oreille, j’ai fait mouche au premier coup. – Qu’est-ce que tu viens de dire ? Statu quo au rez-de-chaussée, les discussions s’éteignent autour de nous, le silence pesant porte jusqu’à la coursive du premier étage. Si je recule maintenant, cette garce de Laval se croira une fois encore en position de force, pas question de donner un surcroît de pouvoir à celle qui en a déjà trop à mon avis. « Mieux vaut faire le boucher que le veau », disait mon père, c’est une évidence aujourd’hui, doublée d’un énorme pari sur l’avenir. Puisqu’on en est là, autant crever l’abcès, je passerai pour une nana avec du cran au moins. – T’as bien compris, Tu Me Fais Chier ! Et j’ai horreur de ça ! Alors ferme ta grande gueule ou viens te battre. Oups ! J’ai haussé le ton cette fois, sans m’en rendre compte, le résultat est pourtant là. Les autres assistent à la scène, déconcertées, attentives à la réponse de Laval qui se redresse lentement. « Louise, quelle idée de te foutre dans une situation pareille ! » Je serre les poings le long du corps pour cacher ma nervosité, décidée à gagner le respect. La forte tête transpire, incapable de faire le moindre geste, le doute s’inscrit en ridules autour de ses yeux sombres, ses lèvres un peu fines tremblotent. La peur vient de changer de camp, c’est une sensation proche de... – Laval ! Marvault ! braille la matonne à laquelle on répond aussitôt en levant une main. ...