1. Poilade


    Datte: 10/09/2022, Catégories: nonéro, portrait, historique, Auteur: Amarcord, Source: Revebebe

    ... ferait.
    
    Bienvenue au cirque, entrez messieurs-dames, entrez, venez rire !
    
    Venez voir l’homme canon, l’homme-tronc et l’infirmière sans tête !
    
    Et puis la chatte poilue de la femme à barbe dans la roulotte,
    
    celle qui lève ses jupons et vous dit viens mon petit gars viens t’amuser !
    
    Sors-la moi donc, ta petite mimi, ta petite mimi, ta mitrailleuse.
    
    Fous la moi bien profond, qu’elle me crache tes vannes pourries en rafale.
    
    Et à chaque fois, je l’imaginais qui pétait, elle aussi, un pet puissant et patriotique,
    
    un long jet de gaz qui ranimerait à jamais la flamme.
    
    Un pet magistral qui rirait à gorge éclatée face aux gerbes qu’on y poserait plus tard,
    
    les biens nommées.
    
    Les gerbes des dames patronnesses et des notables de mon village,
    
    s’enfuyant en se pinçant le nez.
    
    Tous couverts de la merde des gogues.
    
    De la merde des feuillées soulevée par la marmite.
    
    Je ris à présent au museau de l’obus qui vient de péter tout près, et qui ne m’a pas allongé.
    
    Mais qui m’a rendu sourd.
    
    Sourd et hilare.
    
    Hilare et sourd.
    
    Sourd à la voix du ...
    ... lieutenant qui gueule : revenez, Dulac !
    
    Revenez !
    
    À la voix d’Ernest aussi, qui me dit : attends René…
    
    Attends René, tu vas rire !
    
    Mais c’est pas la peine.
    
    Parce que je ris déjà aux larmes.
    
    Je veux vraiment la connaître, la fin de l’histoire.
    
    Alors je fouille partout, en courant.
    
    A la recherche de tout ce qui est bleu, comme un cadavre.
    
    De tout ce qui pue, comme le ciel.
    
    De tout ce qui a des poils, et ça je dois pas chercher bien loin.
    
    Je cherche la réponse mais j’en ris déjà à l’avance.
    
    Je cours pour l’attraper la réponse à cette blague.
    
    La réponse à cette guerre.
    
    A ce long pet de 2 ans qui fermente dans nos boyaux.
    
    A tel point que je cours encore à l’instant.
    
    Je cours en riant de toutes mes dents.
    
    De toutes celles d’Ernest, aussi, que j’ai vues gicler quand la balle lui a décroché la mâchoire.
    
    Je cours en riant vers les Boches, je les aperçois qui rigolent eux aussi.
    
    Le doigt sur la gâchette dans leurs abris en béton.
    
    Et je suis comme vous.
    
    J’attends la fin de la blague.
    
    J’attends la fin de l’histoire.
    
    J’attends la chute. 
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