1. Chroniques pénitentiaires d'une rebelle 2


    Datte: 17/08/2022, Catégories: Entre-nous, Les femmes, Auteur: Sappho, Source: Hds

    ... revient vers nous à temps, son sourire désamorce la situation sur le point d’exploser.
    
    – Elle a de l’humour, la nouvelle, j’aime. Gaëlle, ajoute-t-elle cajoleuse à l’attention de l’offensée, tu passes la serpillère dans l’atelier avec Cat. Faites gaffe, ça doit être sec dans une demi-heure quand les couseuses débarqueront. Nous, on s’occupe des lavabos. Allez ! Au boulot, les filles, que tout soit nickel à l’inspection.
    
    Laval me pousse dans le couloir avec une circonspection intéressée, sa main à plat dans le creux de mes reins rappelle les gestes déplacés de certains mecs en boîte de nuit. Comme eux, elle doit baver en matant mes fesses. J’accélère le pas dans l’espoir d’échapper à l’emprise malsaine, elle me rattrape sans effort, me touche de nouveau ; la chaleur du souffle dans mon cou m’effraie.
    
    – Je peux rendre ton séjour agréable, il te suffit d’être gentille.
    
    Ah oui ? Le règlement est clair, aucun colis, pas de cantine ; le tabac, la bouffe, la drogue, tout ce qui servait de monnaie d’échange dans l’ancien temps est interdit. Cette garce a certainement le pouvoir de faire de mon existence un enfer, quant à la rendre supportable, c’est moins sûr. La présence d’une matonne à la porte du local des toilettes me sauve d’une crise de panique légitime.
    
    – Arrête ton cirque, Laval, t’es là pour astiquer les chiottes, pas le minou de ta petite copine, du moins pas pendant les heures de travail.
    
    La révélation me donne envie de vomir. C’est donc comme ça que ça ...
    ... marche, une certaine liberté sexuelle en échange de la paix sociale ? Le deal est simple, et au calme relatif qui règne, les deux camps y trouvent leur compte. L’autre se contente de me serrer de près en passant devant moi, promesse que l’histoire ne s’arrête pas là. Je me retiens de la frapper, la peur me rend agressive.
    
    La promenade de 11 h 30 à midi, heure du rassemblement pour aller au réfectoire, est bienvenue, le printemps se montre précoce le 3 avril 2061 ; une brise légère livre les premières senteurs fleuries à domicile, très charitable de sa part. Vu du fourgon cellulaire, le pénitencier se trouve isolé au milieu de champs abandonnés ou presque, car l’herbe doit être coupée régulièrement, encore une mesure destinée à prévenir les évasions. La dernière remonte à 2042, dix-neuf ans plus tôt, à mon premier anniversaire. Depuis, toutes les prisons de France ont été rénovées.
    
    Trois blocs de détention forment un immense carré avec le bâtiment administratif où les gardiennes sont logées dans des appartements de fonction. Chaque bloc possède sa cour de promenade, un réfectoire, une infirmerie, ses ateliers, ses surveillantes aussi. Les tireurs d’élites sur les miradors qui hérissent le mur d’enceinte, toutes des femmes, sont équipés d’armes non mortelles selon la rumeur ; je ne tiens pas à servir de cible rien que pour savoir si c’est vrai.
    
    – Tu rêves ?
    
    Christelle près de moi, je me sens à peine soulagée ; les avances de ma cheffe de groupe se font précises, au ...
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