1. Fin d'amour sur le pont Mirabeau


    Datte: 12/08/2022, Catégories: fh, amour, nonéro, confession, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe

    ... mêlait pas aux conversations, ne déjeunait pas à la cafétéria, en un mot elle était insaisissable. La seule occasion qui me fut donnée de lier conversation a été l’inauguration d’une exposition photographique que j’avais organisée en tant que responsable du club. J’avais été brillant pour l’occasion, tant par la technique que par l’originalité. C’est elle qui m’aborda, à mon grand étonnement, pour me complimenter et me demander comment j’avais fait tel ou tel cliché. Mon cœur battait à cent cinquante, je crois que j’en fis trop ce soir-là. Malgré tout, j’obtins d’elle que nous passions un après-midi ensemble au labo photo pour lui montrer développement et tirage. Je pensais ainsi qu’enfermés dans le noir et dans cinq mètres carrés, j’aurais quelques chances d’aller plus loin. En fait, le jour venu, je parlais, expliquais, montrais avec toute la conviction que je possédais, mais la lumière inactinique me révéla un air absent, lointain, un certain ennui que seule la politesse lui interdisait d’avouer. J’en fus ulcéré. Je pense qu’elle m’aurait remercié poliment et serait très vite partie si je ne lui avais proposé ma dernière cartouche : faire une série de photos d’elle. Elle devint soudain intéressée, accepta sans chichis, et nous prîmes rendez-vous pour la semaine suivante.
    
    La joie venait toujours après la peine
    
    Elle arriva à l’heure dite, vêtue de nouveau de son costume bleu marine, les cheveux domestiqués dans un chignon parfait, comme un enroulement vertical à ...
    ... l’arrière du crâne qui dégageait deux oreilles délicates et bien collées, libérait un cou long et lui conférait un profil de médaille. Dieu qu’elle était belle ! Nous arpentâmes le parc, cherchant les meilleurs fonds et la meilleure lumière, nous terminâmes chez elle, utilisant miroir de salle de bain et fenêtre au voilage léger pour des portraits de toute beauté. Je sus capter cet air lointain, absent, détaché du réel qu’elle arborait si souvent. Puis elle me dit devoir travailler, me congédiant ainsi gentiment. Je lui remis une pochette d’épreuves la semaine suivante, elle apprécia avec un léger sourire et me demanda plusieurs tirages du portrait à la fenêtre, « pour ma famille et je te paierai », dit-elle. Bien sûr, je ne lui fis pas payer ces tirages, me sentant déjà tellement récompensé d’avoir passé deux après-midi avec ma « madone ».
    
    Les mains dans les mains restons face à face
    
    À mon grand désespoir, ce furent les deux seules occasions de ce temps des études qui me permirent de partager son intimité. Dans toutes les autres occasions que nous fournirent nos vies d’étudiants, soit elle était absente, soit elle était accompagnée de cavaliers inconnus, jamais les mêmes, et c’était encore pire pour moi. Je n’étais pas beau, pas baraqué, pas… bien dans ma peau de post-adolescent maigrichon, je ne pouvais pas lutter, elle n’était pas pour moi. Mais j’avais trop de mal à tourner sa page, encore plus à l’oublier. Je ne la revis que plus d’un an après la fin de nos études, par ...
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