1. La trace incertaine du soleil


    Datte: 08/08/2022, Catégories: fh, asie, hépilé, amour, intermast, 69, fsodo, mélo, amouroman, Auteur: Come Sorel, Source: Revebebe

    ... un peu, le cœur vide, attendant que, en haut de l’écran de mon ordinateur vienne s’afficher l’alerte m’annonçant qu’elle m’a répondu.
    
    Elle m’annonce un jour qu’elle quitte Paris et son poste d’enseignante en littérature italienne pour retourner vivre en Normandie, dans la maison qu’elle vient d’hériter de ses grands-parents, et travailler comme traductrice pour plusieurs éditeurs.
    
    Je lui réponds que la seule chose qui me manque de ma jeunesse, c’est la lumière des plages de sable du littoral de la Manche où l’éclat timide d’un soleil presque toujours voilé de longs nuages passant haut ne laisse au regard qu’une trace incertaine. Évidemment, elle m’invite à venir lorsque je reviendrai en France.
    
    Je dépose dans la journée une demande de congés que j’obtiens sans difficulté. J’irai en septembre en Normandie.
    
    La gare de V. où je débarque semble à l’abandon. Seul un train rhumatisant s’y arrête encore deux fois chaque semaine, de l’herbe pousse entre les rails et les poteaux portent des traces de rouille à leur sommet.
    
    Sur le quai, il n’est pas difficile de distinguer Lucie. Grande, d’une belle élégance dans un pantalon cigarette gris et un débardeur jaune, elle s’approche vers moi, souriante. Quatre bises rapides : son visage, son odeur, le grain et la douceur de sa peau, rien n’a changé, sinon le voile de douce tristesse de ses yeux.
    
    Nous montons dans sa voiture et partons vers N. à vive allure.
    
    — Nous y serons dans 45 minutes. Un silence. Rien n’a changé… ...
    ... par rapport à cet été-là, je veux dire. J’ai emménagé il y a trois mois, mais je n’ai encore rien touché.
    
    Je demande :
    
    — Il y a toujours la cave de ton grand-père ?
    
    Elle rit à ce souvenir.
    
    — Oui !
    
    Nous parlons ensuite des romans qu’elle a commencé à traduire puis, gagnés tous les deux par la mélancolie du jour gris sur le bocage normand, nous nous taisons. Arrivés dans la maison, je reconnais le canapé où… mais je chasse ce souvenir inopportun.
    
    Je m’installe dans une des chambres d’ami pendant qu’elle prépare le repas et je la rejoins dans la vieille cuisine aux meubles de bois dont la peinture est passée depuis longtemps. Nous mangeons, tandis qu’elle énumère les travaux qu’elle va devoir entamer pour rendre la maison plus agréable.
    
    Après le repas, elle me propose d’aller marcher sur la plage.
    
    — Nous devrions partir maintenant, me dit-elle en me montrant très loin à l’ouest, sur la mer, des nuages d’un gris sombre. Il pourrait pleuvoir après.
    
    Sur le parking avant la plage, deux véhicules, un camping-car immatriculé en Hollande et un vieux break hors d’âge. Nous n’avons aucun mal, une fois passée la dune à repérer leurs propriétaires respectifs perdus dans la grève de sable : un couple de sexagénaires blonds se tenant par la main et deux vieux Normands profitant de la basse mer pour une partie de pêche à pieds.
    
    — Fais attention, crie le vieux à sa femme qui marche sur les rochers que la marée basse a laissés à découvert.
    
    Le vent semble souffler ...