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La trace incertaine du soleil
Datte: 08/08/2022, Catégories: fh, asie, hépilé, amour, intermast, 69, fsodo, mélo, amouroman, Auteur: Come Sorel, Source: Revebebe
... la ville endormie. Le froid pénètre dans l’appartement et je ferme les fenêtres. Je frissonne. J’appelle. Deux sonneries. Thomas décroche. Ces mots : — Benjamin est mort. Cancer du sang. Alors que Thomas continue de parler, il me donne les détails dont il a connaissance, le monde autour de moi se crayonne au noir. Ainsi se meurent ma jeunesse et la seule personne que j’ai aimées au cours de mon existence. Encore heureux et délié de mon plaisir il y a quelques minutes, je suis comme aspiré par les eaux amères et profondes d’un lac de volcan. À nouveau, je frissonne et j’ai froid. Thomas parle, je ne l’écoute pas. Puis tout à coup, il dit : — Tu devrais reprendre contact avec Lucie. Ça lui fera du bien d’avoir le réconfort des vieux copains. Quelques minutes encore pendant lesquelles je voudrais lui hurler ma douleur, mais je ne peux et nous raccrochons. Assis sur le sol, les larmes viennent, je pleure mon seul amour, mon éphémère amour. Puis, revenant peu à peu du royaume des morts, je me souviens du conseil de Thomas. J’ouvre mon ordinateur et cherche, dans mes contacts, le mail de Lucie. En espérant qu’elle utilise encore cette adresse, je lui écris un long message. Au départ, mes mots sont convenus, mais, peu à peu, je trouve un ton plus juste. Je lui explique que je pense à elle, à eux, à quelques milliers de kilomètres de Paris et qu’il n’est pas juste que cet homme, dont le sourire illumine mes souvenirs, soit mort. Je lui dis que, ...
... évidemment, je suis là pour elle. Deux semaines se passent sans réponse de sa part. Puis, un matin, à mon bureau, je m’aperçois qu’elle m’a, à son tour, envoyé un message. J’attends le soir, dans mon appartement de San Isidro à Lima pour ouvrir ce mail. Il est écrit avec simplicité, mais chaleur. Lucie me remercie pour mon message. Elle me raconte la maladie de Benjamin et sa nouvelle vie de solitude. Elle me parle d’eux et de nous, elle me dit que ce « nous » a compté pour Benjamin et pour elle. Elle termine en écrivant : Dans les semaines qui suivent, nous entamons une correspondance amicale et régulière. Par goût et peut-être par défi, pour frotter nos âmes au réconfort de l’écriture, ces échanges épistolaires deviennent rapidement quotidiens. Moi qui aime tellement le silence, je n’en reviens pas de trouver avec elle si facilement les mots. Chaque matin, me levant plus tôt pour avoir le temps et profiter de l’ambiance que m’offre la lumière pâle de l’aube sur Lima, je m’assois à la table de mon salon avec un café fumant. Là, j’ouvre mon ordinateur et commence à relire la lettre qu’elle m’a envoyée la veille et que, généralement, j’ai déjà pu lire avant de m’endormir. Puis, pendant une demi-heure, pendant que de ma fenêtre montent les bruits et les odeurs de la grande ville qui se réveille, je lui parle. De littérature, des villes que j’ai connues, de Benjamin. Je lui réponds. Sur la musique, les paysages ou Benjamin. Cette demi-heure passée, je pars au travail en mourant ...