1. L'amour en présentiel


    Datte: 23/07/2022, Catégories: fh, Collègues / Travail noculotte, pénétratio, Humour libercoup, Auteur: Ludivine de la Plume

    La crise sanitaire ahacké la langue française. Outre les gestes-barrières et la distance sociale, d’autres néologismes barbares ont fait leur apparition, notamment dans la sphère professionnelle.
    
    Dans le domaine de Léonore, la formation, l’heure est au « distanciel ». Elle fait cours à ses jeunes stagiaires de formation continue depuis son ordinateur, eux-mêmes devant le leur, et elle voit leurs visages comme autant de petites lucarnes au-dessus de son PowerPoint, sur son écran partagé avec le logiciel Zoom, grand gagnant du confinement épisode 1. Elle visite ainsi les salons ou les cuisines des un.e.s et des autres, tour de France de la décoration intérieure façon « maison à vendre »… le persiflage en moins.
    
    Elle-même prend toujours soin de placer sa bibliothèque en fond de scène, et d’éliminer du décor le linge à repasser. Mais pour l’heure elle vit le cauchemar du télétravailleur : son wifi est en panne ! Il lui a fallu trouver refuge au pied levé chez son collègue préféré. Celui-ci l’a accueillie dans sa cave voûtée aménagée en bureau, et le décor derrière elle est donc aujourd’hui un mur de pierres brutes. Ses stagiaires l’ont remarqué, et les spéculations sont allées bon train sur la présence ou non de grands crus classés ou, variante des amateurs de films d’horreur, de cachots humides. S’ils savaient…
    
    La séquence « plaisanteries » close et l’appel effectué, Léonore déroule sa présentation sur les médias avant de lancer lesWorkshops, avec cette concentration ...
    ... décuplée qu’exige le mode distanciel et la désincarnation qu’il provoque. Parler devant un écran, pour une assistance réelle, mais dont la présence et l’écoute sont virtuelles, est loin de procurer la même énergie que s’adresser à un auditoire dont les visages servent de repère. Ne pas pouvoir s’appuyer sur des regards attentifs, un geste d’assentiment ici ou un froncement de sourcil là, ne pas pouvoir repérer les signes de lassitude est extrêmement frustrant.
    
    Et le changement de local met sa concentration à rude épreuve. Car Paul, l’hôte du jour, se trouve être l’amant de Léonore.
    
    No zob in job est pourtant une règle quelle a toujours respectée, craignant les complications que ne manquent pas d’attirer les relations entre collègues, et surtout la fin de celles-ci. Croiser tous les jours à la machine à café le regard torve d’un ancien amant remercié, merci bien. Sans compter les risques de représailles.
    
    Mais avec Paul, c’est différent. D’abord il était son amant avant de devenir son collègue. C’est elle qui l’a embauché après plusieurs mois d’une relation torride. Ensuite ils sont l’un et l’autre non exclusifs, tous deux déjà en couple, et partageant leurs largesses avec d’autres amants, ensemble ou séparément. Il faut préciser qu’ils se sont rencontrés en soirée libertine, ce qui fixait d’ores et déjà les bases d’une relation pas comme les autres, forcément moins contraignante.
    
    Et diablement plus excitante.
    
    Les hôtels des environs de leur tour de La Défense ...
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