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Chroniques pénitentiaires d'une rebelle 3
Datte: 21/07/2022, Catégories: Entre-nous, Les femmes, Auteur: Sappho, Source: Hds
... plupart des relations s’inscrivent dans le mode dominante-dominée dont les deux parties tirent un avantage. Même les prédatrices doivent donner de leur personne, leur statut en dépend, et elles ont peut-être plus à perdre que les supposées proies. Ça ne suffit pas à rendre Laval sympathique pour autant. – Tu vas te pieuter habillée ? L’haleine chargée de Christelle me rappelle quelques beuveries mémorables à la fac d’Angers, les réjouissances entre potes, l’insouciance, la liberté. Maintenant qu’elle est rentrée, je peux aller prendre une douche, sa présence me rassure. Ne serait-ce pas déjà une forme de soumission ? Le ronronnement du séchoir automatique s’arrête, dire que cette invention de la fin du 20ème siècle était destinée aux mains dans les toilettes publiques, la qualité de l’air pulsé rassure le plus timbré des écolos aujourd’hui. Christelle, que je pensais endormie sur ma couchette, se redresse ; tant mieux, il y aurait eu un sacré poids mort à déplacer. Une fois encore, son regard brillant me rappelle l’épisode malheureux sous la douche, un accident ? Je me glisse sous le drap, à peine rassurée. – Tu ne te couches pas ? – Bientôt, après. Merde, après quoi ? Le calme devient angoissant, j’attends l’extinction des lumières à 22 heures, impatiente de trouver refuge dans le noir. Dehors, le printemps prend ses marques à travers la lucarne que je fixe dans l’espoir d’échapper à l’emprise mentale de ma codétenue, de l’inciter à rejoindre sa couchette. ...
... Les nuits restent supportables sans la climatisation, un temps idéal pour squatter dans le jardin de la maison familiale, après avoir pris la précaution de débrancher l’arrosage automatique... Oh non ! Christelle envoie valser le drap. – Qu’est-ce que tu fais ! L’autre soir quand j’ai voulu la caresser pour la remercier, elle m’a repoussée, son fantasme est peut-être de se masturber en me regardant. Qu’elle le dise alors ! Je saurai m’y habituer, faire avec. Le voyeurisme, il y a pire comme déviance sexuelle. Là, c’est l’angoisse. La présence des caméras ne suffit pas à me rassurer. – Chut, profite. Profiter de quoi ! Je n’ai pas envie de coucher avec une nana, encore moins avec une femme en âge d’être ma mère, c’est dégueu. Elle s’empare de mes seins, les couvre de baisers brûlants, les malaxe trop violement à mon goût. Je devine son sexe sur ma cuisse à travers le drap, le va-et-vient lancinant. Qu’on en finisse, je déniche son clitoris à l’aveugle, le regard toujours rivé à la lucarne. Ne pas voir, ne pas penser à ce que je suis en train de faire ; demain, ma codétenue aura retrouvé sa lucidité. Sa mouille imprègne enfin le drap. – Oublie, c’est nul. Mes efforts n’ont servi à rien sauf à me filer une foutue crampe au poignet, Christelle se laisse tomber lourdement près de moi en soupirant. Je la sens frustrée, vulnérable, attendrissante, elle pose la tête sur mon épaule. Pourtant, le plus déstabilisant est sans doute ma déception personnelle, l’amertume ...