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Chroniques pénitentiaires d'une rebelle 3
Datte: 21/07/2022, Catégories: Entre-nous, Les femmes, Auteur: Sappho, Source: Hds
... quelques ouvrages intéressants, une lettrée peut déchiffrer entre les lignes une certaine prise de conscience, du moins une étincelle. Je ne me bats pas seule, la révolution est en marche, à ma sortie dans cinq ans... – Fais la gueule ou marre-toi, mais ne montre jamais aux autres que tu réfléchis, c’est une marque de faiblesse derrière les barreaux. La remarque de Christelle est logique ; de son côté, elle a déjà retrouvé la froideur qui la caractérise hors de la cellule. Je choisis la première option, la seconde me paraît hors de portée ce matin. De la brioche maison facile à cuisiner, un coût de revient minime qui ne grève pas le budget, c’est dimanche. Les discussions dépassent le stade des murmures sans jamais tomber dans l’excès, on se croirait presque au restaurant universitaire où les étudiantes auraient choisi de s’attifer d’une même combinaison rouge. Certaines se servent du rab de café ou de lait au distributeur près duquel deux matonnes ont élu domicile, d’autres changent de table après avoir évacué leur plateau sur le tapis roulant surveillé de près, les couverts en plastique sont comptés à chaque repas. La sécurité avant tout, en toute circonstance, c’est la base ici. Des affinités mises de côté en semaine, quand les places sont attribuées par cellule, se révèlent. Des amitiés nouées sur place ont évolué, des mains se croisent, des corps se cherchent, se frôlent, s’apprivoisent. L’administration pénitentiaire s’en accommode par intérêt, ...
... certainement pas par générosité, personne n’empêchera jamais les êtres humains d’éprouver des sentiments ni de chercher à les exprimer. Les surveillantes ont l’ordre de laisser faire dans la mesure où rien ne trouble la tranquillité du bloc A ; mieux vaut voir les détenues baiser que faire des conneries. Un virage à 180° que j’aurais pu mentionner dans ma thèse de fin d’étude. La petite blondinette arrivée vendredi peine à trouver ses marques, ses codétenues la tolèrent à leur table, règlement oblige ; mais rien ne les force à lui adresser la parole, les chaises laissées libres autour d’elle témoignent d’une mise à l’écart. Malheureusement, la pauvre est moins solide que ma codétenue satisfaite de son isolement. L’histoire de la récidiviste du vol à l’étalage provoque les moqueries de tout le bloc ou presque ; une troisième présentation au tribunal des délits mineurs devient un crime puni de cinq ans fermes. Elle devait le savoir après deux séjours en maison de redressement, seule une abrutie se permet d’ignorer les avertissements, et personne ne veut se montrer proche d’une imbécile. – C’était son choix de se faire choper, son père la maltraitait. Demander à Christelle de dévoiler sa source d’information romprait le charme, je me contente d’écouter les révélations faites sur le ton de la confidence. – Le salaud est sous-préfet de la Loire Atlantique, personne n’a osé lui chercher des poux dans la tête quand sa fille a voulu porter plainte, tu t’en doutes. Bien sûr, tant ...