1. Le verbe aimer


    Datte: 07/03/2022, Catégories: cérébral, nopéné, portrait, Auteur: Kannouteki, Source: Revebebe

    ... frasques, son manque de discernement et sa promptitude à confondre les sentiments avec le sexe. Je m’aperçois qu’en fait, elle est peut-être plus perturbée que je ne le suis.
    
    Je secoue la tête.
    
    Finalement, je m’en sors mieux avec ma sexualité ambiguë, sans genre défini. Encore cette haine qui me saute à la gueule ; pas facile, la sexualité des garçons qui se cherchent quand un prédateur croise leur chemin. Un paradoxe, un mélange de plaisirs masculins, mais mécaniques imposés par emprise, par manipulation, de quêtes de ce plaisir pour exister entre la culpabilité et la honte à gérer. Fuite en avant avec des partenaires différents, hommes, femmes, tout au long de ces années.
    
    Mais la seule, c’est Marie. Ma petite Marie, ma chérie à moi. Je l’aime comme un homme peut aimer. C’est grave, Docteur ? Suis-je bon à enfermer pour éprouver une attirance incestueuse ?
    
    Je secoue la tête à nouveau. Allez, veau, vache, cochon, couvée ! Je file avec mon pot à café, telle la laitière Perrette. Ça va me changer les idées qui glissent dans la morosité.
    
    Finalement, je suis plus accaparé que prévu après ma surveillance du vêlage (Marguerite va mettre bas dans la nuit). J’ai enchaîné consultation sur consultation non-stop : tous les bovins se sont donné rendez-vous, ma parole ! Du coup, je rentre enfin alors que la soirée est bien avancée.
    
    — Ah, te voilà, Olivier ! Prends une douche. Je fais chauffer ; tu pourras te reposer un peu après, dit-elle en m’accueillant d’un tendre ...
    ... baiser juste posé sur mes lèvres.
    
    On dirait un couple. Cette idée m’amuse tandis que je file sous la douche.
    
    Enfin attablé, je déguste cette énorme omelette de saison aux aillets/pommes de terre. Marie, assise face à moi, le visage soutenu par le creux de ses mains, m’observe.
    
    — Hmmm, que c’est bon ! Merci, Marie, tu me gâtes ! lui dis-je avec un clin d’œil.
    
    Ses yeux se plissent de contentement tandis qu’elle arbore un sourire éclatant. Qu’elle est belle quand elle sourit comme ça !
    
    — Qu’as-tu prévu pour votre avenir, Marie ? Tu y as réfléchi un peu ?
    — J’ai fini ma mission intérimaire. Je vais chercher aux alentours, peut-être sur Tarbes.
    — Demain, je dois voir le maire. Je peux lui en parler si tu veux, non ?
    
    La fin de journée s’écoule entre discussions complices, projets, jeux avec bébé Dan qui gazouille tant qu’il peut, sensible à nos attentions. Il commence à marcher à quatre pattes, notre crapaud.
    
    Ce soir, elle ne dort pas dans mes bras, à mon grand regret, j’avoue. Je ne le lui ai pas demandé non plus, j’ai peur de la brusquer, de la décevoir.
    
    * * *
    
    Le lendemain, comme promis, je vais voir monsieur le maire. C’est un homme d’une bonne cinquantaine, rugueux au premier abord ; un cru du terroir roulant des «Rrr », une belle paire de bacchantes, toujours à remettre son béret en arrière en bon Bigourdan.
    
    — Bonjour, Monsieur le Maire.
    — Ah, Docteur d’AmbRrre. Vous penseRrrez à passer à la feRrrme ? Y’a tRrrois veaux à vacciner.
    — Oui, oui, ...
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