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Le verbe aimer
Datte: 07/03/2022, Catégories: cérébral, nopéné, portrait, Auteur: Kannouteki, Source: Revebebe
Juste un peu avant la pandémie, j’ai repris le cabinet et la clientèle du vieux docteur Anglet, deux rues derrière la mairie en bordure du village, après trois années en tandem tous les deux pour me familiariser. Je me suis donc installé dans ce village au pied des Pyrénées, entre les Comminges et la Bigorre, comme vétérinaire de campagne. C’est une ancienne maison, ou plutôt une vieille bergerie – de type bigourdan – restaurée dans les règles de l’art, avec en rez-de-chaussée la salle de consultation et un coin « attente » dans l’entrée. Sur l’arrière, mon bureau et un coin cuisine donnent sur un jardinet. Ça me suffit amplement. L’accès à mon appartement à l’étage se fait par un escalier extérieur en pierre qui donne directement sur un balcon filant à l’arrière. Ainsi, chaque matin je peux admirer toute la chaîne pyrénéenne d’est en ouest, quand le temps le permet, une tasse de café à la main, le Pic du Midi en face de moi. Selon l’épaisseur de la brume matinale ou de la couverture nuageuse, je peux deviner la météo de la journée depuis mon promontoire. En contrebas, j’aperçois la vallée des Baronnies. On ne voit pas le moulin perdu dans le paysage, mais à la ligne des arbres je devine le cours d’eau qui serpente. Au loin, dans des champs escarpés, des vaches broutent aux tintements de leurs cloches. Sur ma droite, le château de Mauvezin, avec son donjon crénelé, émerge de la verdure surplombant autant la vallée, le village et les alentours. Sans être un enfant du ...
... pays, je connais très bien la région et son histoire ; nous y venions régulièrement autrefois, ma sœur et moi, avec nos grands-parents lors des vacances. C’est donc tout naturellement, après l’obtention de mon diplôme finalisant mes études à l’école vétérinaire de Toulouse, que je me suis installé dans ce havre de paix. Le début a été un peu chaotique, malgré les différents stages que j’avais effectués auprès de l’ancien vétérinaire. La méfiance, toute naturelle, de la population locale envers un nouveau citadin n’est pas une légende : j’ai eu droit à des questionnaires détournés et en règle pour connaître ma situation familiale, notamment : — Et madame d’Ambre (c’est mon nom, Olivier d’Ambre), elle arrive quand ? — Ça ne doit pas être facile tout seul, quand même… Malgré les insistances de certaines villageoises curieuses, je m’en suis toujours sorti par une pirouette en occultant la réponse et restant le plus évasif possible : je n’allais pas leur dire de but en blanc, de peur de perdre ma clientèle, que je suis à voile et à vapeur (oui, je suis bisexuel actif) ; que bien qu’étant attiré par certains types d’hommes, je n’ai qu’une seule et unique femme dans ma vie, et que je n’aurai qu’elle dans mon cœur : ma sœur Marie. Je n’arrive toujours pas à déterminer clairement les sentiments qui m’agitent, à son égard, entre tendresse, complicité, ami et confident, il y a nos baisers, nos gestes plus intimes que la normale qui parfois nous échappent. D’ailleurs, ...