1. La Vie de Solange, ou les mémoires de la Comtesse de *** (6)


    Datte: 24/01/2022, Catégories: Divers, Auteur: Mir, Source: Xstory

    ... jouissent de se laisser posséder, abandonnant leur corps à la pénétration ainsi qu’aux caresses ; mais elles savent aussi posséder l’objet de leur désir, le soumettant à leur volonté si tel est leur souhait.
    
    La propagation de l’espèce humaine n’est qu’un effet secondaire (et, à tout prendre, souvent néfaste) de la jouissance, qui doit être recherchée en tant que telle : ses bénéfices pour le corps et pour l’esprit la rendent éminemment souhaitable.
    
    La jouissance est affaire de chacun, éloignée de toute étroitesse et de tout préjugé. Elle est affaire de partage et de communion, bien plus précieuse que celle vantée par notre Eglise avec un Dieu qui nous reste inconnu. Elle est affaire d’humanité et d’humanisme : car c’est dans le droit au plaisir échangé, quelle qu’en soit la nature, qu’hommes et femmes reconnaissent chacun en l’autre la plus profonde humanité. Jouir, c’est philosopher avec la plus parfaite philanthropie et renier tout obscurantisme.
    
    J’eusse aussi ajouté que c’était gémir, s’enflammer, laisser son corps dominer l’esprit et toute raison, oublier le temps et le monde pour se fondre entièrement en l’instant et en l’autre, mais cet élan poétique n’eût point convenu au style de l’Encyclopédie.
    
    Mon cousin, qui avait ses entrées auprès de quelques philosophes parisiens, m’avait fait parvenir un article dont la parution était prévue dans le tome quinze, d’ici quelques années. Il l’avait glissé dans la couverture desOpuscules de Fréron (délicate ironie, ...
    ... au regard de la bigoterie de l’auteur), accompagné de dessins de sa main nous représentant tous deux, tantôt en pied, tantôt par quelques détails significatifs, illustrant ce texte.
    
    Il s’agissait de l’article« sodomie ».
    
    Je lus le texte avec curiosité et indignation : l’auteur se contentait d’en faire un crime et d’énoncer la sanction encourue, à savoir le bûcher – sans compter qu’il rappelait que la masturbation envoyait ses pratiquants aux galères. Tel était donc, selon la morale de mon temps, mon destin : une galère en feu. Le prétendu philosophe n’osait même décrire l’acte, se perdant en arabesques maladroites évoquant « ce crime », « ces impuretés contraires à la nature ». L’hypocrisie philosophique commençait à m’apparaître. Ces esprits étaient libres, mais surtout de se soumettre aux préjugés sexuels et masculins de leur temps, du moment qu’ils se révoltaient suffisamment contre ce qui leur convenait le mieux de critiquer.
    
    Oh, cet article « sodomie »… Il eût fallu y substituer une lettre de mon cousin où il décrivait le plaisir qu’il avait à sentir sa verge étroitement serrée par mon œillet, le contentement de me savoir soumise à un désir contraire à l’ordre moral, le délice de voir son vit s’enfoncer entre mes fesses qu’il lui fallait forcer au début, la satisfaction de m’entendre gémir et le supplier de me remplir à nouveau lorsqu’il se retirait, la volupté de sentir son plaisir enfler jusqu’à le dépasser et le précipiter contre moi sans retenue dans un ...