1. Au pays des mille étangs


    Datte: 04/01/2022, Catégories: fh, campagne, Oral pénétratio, init, sf, Auteur: Roy Suffer

    Il est un petit terroir très particulier, niché au sud-ouest de la sympathique province du Berry, siège du centre géographique de la France. Anciens marécages insalubres, propices aux maladies liées aux eaux stagnantes, fièvres comme le paludisme ou malaria, selon les Italiens, dysenterie, au point qu’on appelait les rares habitants des lieux « les ventres jaunes », sans compter les rhumatismes précoces. Les corollaires de tous ces maux étaient bien sûr la pauvreté, puisqu’il n’était guère possible de cultiver plus de quelques arpents, et la rareté des habitants qui faisait presque de cette contrée un désert humide.
    
    À partir du XIIe siècle, les moines d’abbayes périphériques, Saint-Cyran, Méobecq et Fontgombault, apportèrent leur savoir, les seigneurs leur pouvoir et les paysans leurs bras, pour tenter d’assainir ce marécage. Ils n’utilisèrent pas des moulins pour pomper l’eau comme le firent les Hollandais avec leurs polders, mais utilisèrent une logique implacable pour séparer la terre de l’eau : creuser des étangs et ainsi laisser la place à l’eau et drainer la terre. S’il ne s’était agi que de faire des trous de place en place, on imagine bien que, quelques années plus tard, eaux et terres se seraient à nouveau mêlées pour reconstituer un marécage. Leur astuce a été de faire en sorte que chaque étang puisse se déverser dans un étang légèrement plus bas, et ainsi de suite jusqu’au dernier qui se déverse en un ruisseau. On parle de « pays des mille étangs », à l’instar ...
    ... des Dombes. « Mille », c’est pratique quand il y en a trop pour compter. La réalité est bien supérieure, puisqu’il s’agit d’un réseau complexe de… 2 757 étangs ! Tous artificiels, tous reliés entre eux. Les étangs libéraient des terres plus saines et cultivables, et permettaient également la pisciculture, notamment l’élevage de carpes danubiennes, protéines bienvenues en ces temps difficiles.
    
    Ce fut un tour de force, mais la légende est plus jolie encore. Nous sommes aux confins du Poitou et de la Touraine, patrie de ce bon François Rabelais. Or donc, ces nombreux étangs seraient les empreintes des pas de Gargantua qui, de temps en temps, secouait ses socques et laissait tomber des monticules de-ci de-là, « les despâtures de Gargantua ». Il dépâtait ses chaussures, en faisait tomber la pâte, la boue collante. Ces monticules, également appelés « buttons », sont en fait des formations de grès rouge datant du crétacé, lorsque la mer s’est retirée. C’est beaucoup moins charmant.
    
    Aujourd’hui, la Brenne est une contrée tout à fait agréable et touristique, c’est un parc naturel régional avec une faune et une flore riches et intéressantes, dans cette alternance de forêts, de champs et d’étangs. Les oiseaux migrateurs y font souvent escale, chasseurs et pêcheurs y pratiquent leurs activités favorites, apportant un appoint économique à la pisciculture, l’élevage et l’agriculture. Mais on est loin des fermes piscicoles des fjords norvégiens, du Charolais ou de la Beauce. Les gens y ...
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