1. Mise à l’air


    Datte: 01/01/2022, Catégories: fh, Transexuels policier, Auteur: Domi Dupon

    ... d’échassiers pour des ballerines noires très sobres. Idem pour la tenue : un jean de marque, un petit chemisier blanc, une veste cintrée en cuir souple qui ne sortait pas de chez La Redoute. Elle se la jouait profil bas.
    
    Le temps de boire un café, nous avions mis au point notre tactique d’interrogatoire. Nous la considérerions comme suspecte. Son alibi nous avait paru trop parfait. Rien ne l’aurait empêchée, vu les relations de son ex-mari, d’avoir engagé un professionnel. Complètement bidon ! On n’était pas aux States ou dans un polar, mais en France, dans la vraie vie. Mais comme les honnêtes gens imaginent la police au prisme des séries américaines… C’était un peu du quitte ou double. Soit elle nous racontait ce qu’on avait envie d’entendre, soit elle se montrait rétive et demandait un avocat. Je comptais sur le charisme « gentil flic » de mon adjointe pour qu’elle choisisse la première solution.
    
    Elle réussit royalement son coup en prenant la défense de madame l’ex en déplorant mon attitude agressive due à ma récente rupture et la haine que celle-ci avait générée. Quatre ou cinq jours auparavant, je l’aurais tuée, cette salope. Aujourd’hui, les efforts qu’elle faisait pour salir Gaby déclenchaient en moi une réaction beaucoup plus ambiguë. Son discours s’adressait plus à moi qu’à notre « suspecte », mais il eut l’effet escompté : il m’attira la sympathie de Rose et lui délia la langue.
    
    Comme moi, elle haïssait son mec quand elle l’avait largué (faudra que je ...
    ... remercie Anna d’avoir omis de préciser que j’étais une sale gouine… enfin, après lui avoir foutu mon poing sur la gueule, ou ma langue…). En effet, c’était elle qui l’avait largué. Et elle nous raconta avec force détails.
    
    Elle avait rencontré Paolo pendant l’été 78. Âgée de 16 ans, naïve, elle était tombée dans ses bras. Avant la fin du mois de juillet, il l’avait dépucelée. Il avait tenu à le faire chez ses parents alors qu’ils étaient absents, dans sa chambre d’adolescente. Plus tard, elle avait compris l’importance du lieu et de son apparence juvénile. Lorsqu’il l’avait draguée, sa poitrine brillait par son absence, ses hanches étroites lui donnaient un air androgyne. L’aventure avait perduré après les vacances pour aboutir à leur union. Jusqu’à la naissance de Mario, elle avait vécu sur un nuage : un mari aimant qui la couvrait de cadeaux, un amant imaginatif, mais délicat qui la satisfaisait pleinement.
    
    Rosette avait commencé à déchanter après son accouchement. La maternité l’avait transformée physiquement. Ses hanches s’étaient étoffées, sa poitrine avait gagné plusieurs tailles. La femme enfant avait cédé la place à une femme, toujours aussi menue, mais aux formes épanouies. Paolo n’avait pas du tout apprécié. Il avait encore moins apprécié que la maternité ait distendu son ventre en y laissant des traces indélébiles. Pour arriver à bander, il avait des exigences vestimentaires particulières. Il l’obligeait à porter, pour dissimiler les vergetures, des guêpières avec ...
«1234...15»