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0218 Tout peut prendre fin lorsqu’on s’y attend le moins.
Datte: 04/08/2021, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds
... rigole pas. Son regard est fermé, ses traits immobiles. J’ai à nouveau envie de pleurer. Jérém termine sa cigarette et s’approche du lit. Il fouille dans son sac de sport et il en sort un pull à capuche rouge avec des inscriptions blanches floquées. Il s’approche de moi et me le tend. « Il est bien chaud » il me lance. Son geste me touche. « Merci ». Je me déleste de mon pull taché et je passe le sien. Dès le premier contact, le tissu m’a paru doux, chaud et agréable. Mais lorsque je le passe, lorsque le tissu caresse la peau de mes bras et de mon cou, lorsque mon nez plonge dans l’univers olfactif dont sont imprégnées ses fibres, je manque de peu de disjoncter. Car ces fibres portent à la fois le parfum de sa lessive, son parfum à lui, la signature olfactive de sa présence. Les tissus qui ont caressé sa peau sont comme marqués à tout jamais par cette mâlitude radioactive qui se dégage de lui et qui imprègne tout ce qu’il approche. Ce pull est comme une caresse, comme une étreinte de mon bobrun, une étreinte et une caresse parfumées, qui remplacent un peu celles qu’il ne semble plus disposé à m’offrir aujourd’hui. Enveloppé dans ce pull, j’ai presque l’impression d’être dans ses bras. Soudain, je repense à cette chemise qu’il m’a passée un jour pour couvrir mon t-shirt taché lors de nos fougueuses « révisions », et qu’il ne m’a jamais réclamée. Je l’ai passée parfois, pour retrouver son odeur, pour retrouver sa présence. J’adore porter ses ...
... vêtements, j’adore sentir sa présence autour de moi, sur moi. « Il est un peu grand » je rigole « mais il est très chouette ! Merci, Jérém ! ». Je tente de lui donner un bisou, qu’il me rend sans entrain. Quelques minutes et une nouvelle cigarette plus tard, nous sommes en route vers Gavarnie. Au village, nous prenons la direction de La Mongie. Je suis toujours autant émerveillé par les paysages à la fois domestiqués et indomptés de la montagne, par l’architecture typique de la région, par ces petites maisons en pierre, recouvertes d’ardoise, par les petits ponts, par les murs de soutènement en pierre, autant de témoins de la rudesse de la vie dans la région dans les siècles passés. Ici, dans les Pyrénées, j’ai l’impression d’être dans un autre monde, dans une autre dimension. Ici tout a l’air plus simple et plus authentique qu’en ville, la vie, les gens, les relations humaines. La 205 rouge file tout droit sur sa route. Le ciel est gris, il y a du brouillard dans la vallée, les couleurs sont ternes, tristes. Un fin brouillard tombe sur le parebrise. Il fait gris dehors, et j’ai toujours l’impression qu’il fait gris dans la voiture aussi, entre Jérém et moi. J’ai envie de lui poser mille questions mais je ne veux pas empirer la situation, je ne veux pas gâcher l’espoir qu’il « émerge » enfin, comme il me l’a promis. Ou alors, au contraire, est-ce qu’il ne vaudrait-il mieux crever l’abcès tout de suite ? Il faut juste que je trouve le bon moment et les bons ...