1. 0218 Tout peut prendre fin lorsqu’on s’y attend le moins.


    Datte: 04/08/2021, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds

    ... matin.
    
    Mon intuition se confirme lorsque je m’approche de lui pour l’embrasser et renouer avec la complicité de nos câlins de la veille. Me voyant approcher et franchir son espace vital, Jérém a une réaction surprenante, presque « défensive ». Puis il se ressaisit, et il m’embrasse brièvement. Nos lèvres se rencontrent fugacement, et ça n’a rien à voir avec les élans de la veille.
    
    Je suis surpris. Abasourdi. En une fraction de seconde, je passe de la joie immense de le retrouver, à la désolation de voir l’un de mes pires scénarios se réaliser. Oui, ce que je craignais s’est bel et bien produit. Son attitude a changé. Ce matin, mon bobrun a l’air bien soucieux. Il a mauvaise mine.
    
    « Ça va, toi ? » je tente de faire bonne figure.
    
    « Oui… ».
    
    « T’étais parti où ? » je le questionne.
    
    « Chez Martine pour acheter des cigarettes et des croissants… merde… ils sont restés dans la voiture ».
    
    Le bobrun se précipite dehors et il revient avec un sachet en papier rebondi.
    
    « Ah, merci, c’est super gentil » je tente de le décrisper. Son attention me touche.
    
    « Je vais faire le café ».
    
    Soudain, je m’en veux de ne pas avoir pensé un seul instant à préparer moi-même le café, au lieu de passer le longues minutes à paniquer. En rentrant dans le petit séjour, mon Jérém aurait été submergé par l’arôme rassurant, il aurait été touché par mon petit geste et ça l’aurait peut-être mis de meilleur poil. L’odeur du café est un pourvoyeur de bonheur puissant. Il n’y a pas que la ...
    ... musique ou l’alcool ou le joint qui adoucissent les mœurs.
    
    Je regarde mon Jérém pendant qu’il s’affaire avec la cafetière. Ce matin, il a l’air complètement à l’ouest. Ses gestes, d’habitude si aisés et rapides, ont quelque chose de maladroit. Le réservoir d’eau lui échappe des mains, il tombe dans l’évier avec un bruit assourdissant.
    
    « Fait chier » je l’entends marmonner entre les dents.
    
    En versant le café dans le filtre directement depuis le sachet, il fait déborder, et il s’énerve à nouveau. Il tente de visser les deux réservoirs, le pas de vis semble réfractaire, il insiste. A la suite d’un mouvement brusque, du café tombe sur son pull et sur le carrelage.
    
    « Merde, merde, merde » je l’entends pester.
    
    Il arrive enfin à serrer les deux parties de la cafetière, et cette dernière atterrit sur le feu. Pendant ce temps, je passe un t-shirt et j’attrape le balai pour nettoyer, mais le bobrun m’en empêche.
    
    « Laisse » il me lance sèchement, en m’arrachant l’outil des mains.
    
    Définitivement, ce matin mon bobrun est de mauvais poil. Et je commence à m’inquiéter sérieusement.
    
    « Qu’est-ce qui se passe ? » je le questionne.
    
    « Il ne se passe rien, j’ai juste fait tomber du café ».
    
    « Je vois bien que ça ne va pas ».
    
    « Je te dis que ça va ».
    
    Oh, putain, on dirait nos conversations rue de la Colombette. Moi qui essaie d’escalader un mur de verre et Jérém qui met de l’huile dessus pour qu’il soit encore plus glissant.
    
    « T’as pas bien dormi ? » je tente ...
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