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0218 Tout peut prendre fin lorsqu’on s’y attend le moins.
Datte: 04/08/2021, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds
... vient nous ouvrir. Mais ce n’est pas la Charlène rigolote et souriante qu’on connaît. La Charlène qui se présente à nous a les yeux hagards, le teint blanc comme un chiffon. Elle a la tête complètement déconfite, on dirait qu’elle vient de voir un fantôme. « Qu’est-ce qui se passe ? » la questionne Jérém. « Vous ne savez pas ? ». « De quoi, on ne sait pas ? ». « De ce qui se passe… ». « Dis-nous ce qu’il y a, tu nous fais peur, là ». « Un avion de ligne a percuté une tour ». « Où ça ? ». « A New York ». « Mais comment ça, un avion percuté une tour ? Comment c’est possible ? » fait Jérém, incrédule. « Venez regarder la télé ». On se souvient tous ce qu’on faisait et avec qui on était en ce 11 septembre 2001, lorsqu’on a appris que les Etats-Unis étaient attaqués. Moi j’étais à Campan, avec mon Jérém et Charlène. Les images qui se présentent à mes yeux sont incroyables. L’une des Twin Towers est en feu, une épaisse fumée noire s’échappe de plusieurs étages et assombrit le ciel bleu. « Ca s’est produit il y a quelques minutes » nous explique Charlène « un avion de ligne s’est encastré dans la tour. Les programmes viennent d’être interrompus, sur toutes les chaînes on ne parle que de ça ». « Mais qu’est-ce qui s’est passé ? Comment c’est possible ? » je tente de comprendre l’incompréhensible. « Au départ ils ont parlé d’un départ de feu, puis d’un accident ». Charlène vient tout juste de terminer sa phrase, lorsque nous entendons ...
... l’animateur prononcer les mots « détournement d’avion », « attentat terroriste », « kamikaze islamiste ». « Non, pas ça… » fait Charlène, horrifiée. L’inconcevable prend forme dans nos oreilles et dans nos têtes. Et l’incrédulité cède soudainement la place à la sidération, à un profond sentiment de malaise, d’écœurement, à une souffrance qui est un mélange d’horreur, d’injustice, d’impuissance. Cette catastrophe se passe à des milliers de kilomètres de moi et pourtant je la sens si proche, je la sens dans mes tripes. Et c’est la même chose pour Charlène et pour Jérém. On est tous scotchés à la télé, sciés, abasourdis, anéantis. La main de Jérém cherche la mienne, nos doigts s’entrelacent, les yeux toujours rivés sur l’écran. Ma raison bugge face à ce drame qui la dépasse. Elle ne peut pas supporter tant d’horreur, alors elle se livre au déni. Je me dis que ce n’est pas possible, qu’on est en train de regarder un mauvais film catastrophe. Ou qu’on est les victimes d’un canular médiatique. Comme celui d’Orson Welles il y a 60 ans. Et alors que je tente de me persuader que d’ici peu l’animateur du flash info va vendre la mèche et que le cauchemar va prendre fin, un deuxième avion surgi de nulle part traverse le ciel comme un éclair et va s’encastrer dans la deuxième tour, après l’avoir percutée de plein fouet, avec une violence inouïe. Une boule de feu et de fumée se dégage instantanément, comme une image de l’enfer. Chantal pousse un cri d’horreur. « Mais il y a ...