1. 0218 Tout peut prendre fin lorsqu’on s’y attend le moins.


    Datte: 04/08/2021, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds

    ... Cirque, sans prévenir, Jérém grimpe dessus. Sans hésiter, je marche dans ses pas.
    
    Le bogoss s’assoit par terre, il allume une cigarette. Il a à nouveau l’air soucieux, ailleurs. Je m’assois à côté de lui. Je décide de mettre mes peurs de côté et d’en avoir le cœur net.
    
    « Qu’est-ce qui ne va pas, aujourd’hui, Jérém ? ».
    
    « Tout va bien ».
    
    « Non, je vois bien que quelque chose te tracasse ».
    
    Un silence entrecoupé par des taffes est sa seule réponse.
    
    « Tu regrettes ce qui s’est passé hier à la soirée ? » je tente de le cuisiner.
    
    « Non, pas du tout. Au contraire, ça m’a fait du bien ».
    
    C’est déjà ça. Mais ça ne répond pas à mes questionnements. Alors, je décide d’y aller franco :
    
    « Et ce qui s’est passé cette nuit ? ».
    
    Le bogoss demeure silencieux, le regard perdu au loin.
    
    « Je veux pas t’embêter avec ça, mais tu n’as rien dit après, alors je ne sais pas ».
    
    « J’avais envie de savoir comment c’est ».
    
    « T’as aimé ? »
    
    « J’avais envie de te faire plaisir ».
    
    « C’est pour ça que tu l’as fait ? ».
    
    « Je savais que t’en avais envie ».
    
    « T’as eu mal ? ».
    
    « Un peu, au début ».
    
    « Je m’y suis mal pris ? ».
    
    « C’était une première fois… »
    
    « Et après, t’as aimé ? ».
    
    « Oui… enfin… je ne ferais pas ça tous les jours. Je préfère comme on fait d’habitude ».
    
    Un instant plus tard, il écrase sa cigarette dans l’herbe et range le mégot dans sa poche. Puis, après avoir pris une profonde inspiration, il me lance à brûle-pourpoint :
    
    « ...
    ... J’ai un truc à te dire, Nico ».
    
    Cette simple phrase a le pouvoir d’éveiller en moi une peur bleue. Instantanément, un frisson géant me glace le dos.
    
    « Si ce matin je suis allé chez Martine » il continue « c’était pas juste pour acheter le petit déj ».
    
    Le cœur dans la gorge, incapable d’émettre le moindre mot, je le laisse parler.
    
    « J’y suis allé aussi pour écouter mes messages ».
    
    Soudain, tout devient clair dans ma tête. Mon cœur s’emballe, je sens un flot de larmes se presser au seuil de mes yeux.
    
    « Et il y avait un message de Paris… » je le devance, sans possibilité de me tromper, hélas.
    
    « Oui… ».
    
    Un coup de massue sur la tête. Voilà ce que je ressens à cet instant précis. Bien sûr, à une ou deux reprises, je m’étais posé la question de savoir si son changement d’attitude n’était pas plutôt lié à ce coup de fil, ou du moins à son imminence. Certes, il ne l’a jamais évoqué. Et pourtant, dans mon for intérieur je me dis qu’il doit y penser quand même. Mais pas un seul instant j’aurais imaginé que ce coup de fil était déjà tombé et que tout allait se précipiter si vite.
    
    Je me sens soudainement perdu, abandonné. J’ai l’impression qu’un abysse de solitude et de tristesse s’ouvre devant moi, m’aspire inexorablement.
    
    « Tu dois partir quand ? » j’arrive quand même à le questionner, après un moment de silence nécessaire pour revenir à moi, comme après un choc.
    
    Et là, deuxième coup de massue, à la puissance décuplée :
    
    « Je dois être au club jeudi ...
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