1. 0218 Tout peut prendre fin lorsqu’on s’y attend le moins.


    Datte: 04/08/2021, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds

    ... toujours d’un pas rapide. Il me distance. Je n’essaie pas de le retenir, je garde mon souffle pour l’effort. Je ne veux pas non plus l’agacer.
    
    Puis, à un moment, il finit par se retourner. Et là, me voyant ramer, il me sourit, pour la première fois de la journée. Je devrais en être heureux, mais j’ai l’impression que son sourire est terne. D’ailleurs, il disparaît très vite de son visage.
    
    Au bout de nombreux virages et de nombreux efforts, nous arrivons aux pieds d’une grande bâtisse sur laquelle est peint, en grandes lettres capitales, l’intitulé de « Hôtel de la Cascade ».
    
    Nous arrivons par l’arrière, nous contournons l’édifice. Mais les volets sont fermés, la terrasse est déserte. Le cirque se dresse devant nous.
    
    « C’est ici que mon père s’est arrêté » il me raconte, après s’être assis sur un petit mur en pierre et avoir allumé une clope.
    
    « Et tu voulais aller plus loin ».
    
    « Il faisait chaud, et je voulais aller me baigner à la cascade. Je croyais qu’il y avait un grand bassin avec d’autres enfants en train de jouer ».
    
    « T’avais quel âge ? ».
    
    « Sept, peut-être huit ans ».
    
    La cascade sur la gauche du cirque nous nargue. Un sentier de plus en plus escarpé, étroit, à flanc de montagne, nous sépare de notre destination ultime.
    
    « Allez, en marche ! » fait mon bobrun en écrasant le mégot sur une pierre, avant de le glisser dans sa poche.
    
    Nous reprenons notre avancée sur un chemin peu aisé, un parcours très « sportif », permettant à la puissance ...
    ... physique de mon bobrun de s’exprimer pleinement. C’est beau d’être aussi musclé.
    
    Au bout d’un bon moment de marche, nous contournons une butte positionnée pile en face du cirque. En fait, elle donne l’impression d’être installée précisément au cœur du cirque. On dirait une perle posée dans sa coquille ouverte.
    
    Le cirque est de plus en plus imposant, il nous enveloppe, il nous domine. Je me sens tout petit devant son regard multi-millenaire, « multi » à un point que ma raison ne peut même pas concevoir. Et je me sens tout petit devant cette nature indomptée.
    
    Jérém file tout droit vers la cascade et je m’efforce de rester derrière lui. La vision de son dos en V et de ses épaules charpentées m’aide à avancer, comme un mirage de bogossitude s’éloignant sans cesse et m’entraînant dans son errance.
    
    La végétation disparaît peu à peu, laissant la place à la roche nue. Des sifflements de rapaces tournoyants dans les airs résonnent dans l’amphithéâtre naturel.
    
    Vingt mètres devant moi, Jérém s’arrête soudainement, ce qui me permet de le rattraper.
    
    « Tu fatigues ? » je le charrie.
    
    « Ecoute » fait-il, sans prêter attention à mes mots.
    
    « Quoi, les oiseaux ? ».
    
    « Non. Ecoute bien, tu entends ces sifflements rapides, fins, aigus ? ».
    
    Je tends l’oreille et effectivement, j’arrive à distinguer ce sifflement de celui des rapaces.
    
    « Oui, je l’entends ».
    
    « Ce sont des marmottes ».
    
    « Mais ça ne siffle pas comme celles des magasins au village » je rigole.
    
    « ...
«12...131415...23»