1. L'enfer des brocantes


    Datte: 03/01/2021, Catégories: fh, fagée, inconnu, voiture, cérébral, nonéro, Humour Auteur: Olaf

    Ne nous mentons pas, la brocante est un boulot difficile. Je ne veux pas parler de l’acquisition des objets, en débarrassant un galetas de-ci, ou un appartement de-là. C’est harassant, mais ça s’organise facilement.
    
    Je veux parler de la vente. Des heures d’attente au stand, exposé à un froid mordant ou à la chaleur torride, les rares fois où on trouve une place sur un marché d’été.
    
    Car il ne faut pas croire ce que montrent les séries télévisées. Pour un objet vendu, il faut le passage de dizaines de personnes qui n’ont qu’une idée en tête, échapper à l’attention du brocanteur. Lui, de son côté, n’a qu’une idée en tête, percevoir bien avant le premier contact verbal si le passant est client potentiel ou restera passant.
    
    Ou pire, s’il va venir chercher une leçon gratuite d’histoire de l’art et de l’artisanat, posant mille questions sur l’origine et les qualités de chaque objet exposé, sans aucune intention d’acheter quoi que ce soit. En empêchant même de répondre à la petite grand’ maman qui se serait intéressée au bijou invendable depuis des lustres, mais qui repartira sans oser en demander le prix. Ces vieilles dames ne restent jamais longtemps en station debout, à cause de leurs articulations douloureuses.
    
    Cela dit, il faut bien reconnaître que plus il y a de personnes autour d’un stand, plus il en vient. Tout l’art est donc de cadrer les casse-pieds tout en gardant le contact avec les bons chalands. D’où l’utilisation de bottes secrètes pour arriver à ses fins, notamment lors du placement des objets sur les tables.
    
    Le monde de la chine se divise en trois catégories principales de visiteurs, qui abordent les stands de manière très caractéristique, quasiment rituelle.
    
    Il y a d’abord les chineurs occasionnels, qui marchent lentement à un mètre des stands, laissant glisser leur regard d’objet en objet, tout pénétrés par l’émotion de découvrir de merveilleux témoins du passé.
    
    Ils détestent les marchands envahissants et n’aiment pas être dérangés dans leurs pensées. On ne les aborde qu’en leur offrant une autre émotion. Ils se laissent alors apprivoiser, s’approchent et acceptent qu’on attire leur attention sur une pièce pouvant leur convenir. Si le stand est en bout de rangée, leurs économies déjà passées dans la main de concurrents mieux situés, ils ne pourront rien acheter. Mais ils se souviendront longtemps de la conversation. Ils reviendront alors plus en confiance lors d’un prochain marché. Un jour la transaction se fera, c’est sûr.
    
    Ensuite, il y a les ravagés de brocante, grands connaisseurs des styles et des époques. Ils commencent tôt leur journée par un tour de tous les stands, se tenant au milieu de l’allée et repérant des deux côtés à la fois les objets intéressants. Leur mémoire éléphantesque leur permet de revenir ensuite sur les proies qu’ils convoitent. Ils savent tellement de choses qu’ils repèrent au premier coup d’oeil la pièce dont le vendeur n’avait pas estimé la juste valeur. C’est la bonne affaire ...
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