1. Addicte (2)


    Datte: 09/09/2020, Catégories: Lesbienne Auteur: Orchidée

    « Narrer cette aventure sans choquer aurait été une négation du plaisir ressenti. C’est difficile à admettre, l’évidence est là pourtant, j’ai connu mon premier orgasme sous les doigts d’une femme de 50 ans, rien de comparable avec la satisfaction mitigée de mes attouchements quotidiens en solitaire. Chantal a quitté ma vie comme elle y était entrée, sans prévenir.
    
    Pourquoi ce souvenir marque-t-il encore mon esprit trois jours plus tard ? Une petite masturbation ne fait pas de moi une lesbienne, même si mon abandon a été sincère. J’ai profité de l’instant, d’une situation, c’est tout, il n’y a rien à me reprocher. Maintenant, je dois m’oxygéner un peu, rester cloitrée ici ne m’apportera rien de bon, les réponses se trouvent à l’extérieur. »
    
    Les seins en relief sous un petit top vert pomme, un audacieux minishort de toile kaki au raz des fesses pour faire bonne mesure, la tenue servait de révélateur à mon ambition comme le costume d’une actrice en apprenait sur son personnage. Satisfaite, je pouvais partir à la conquête de Paris. Il y avait certainement moyen de me faire remarquer par des producteurs ou de repérer quelques castings intéressants. Pour cela, rien de tel que la bonne vieille méthode d’éplucher les petites annonces.
    
    L’intérêt pour les statues de la façade de la Gare du Nord modéré par l’animation sur le parvis, je remerciai le vieux serveur d’un énième sourire en échange d’une énième bière payée aussitôt servie. Le prix en terrasse ne m’apparaissait pas aussi exagéré que certaines rumeurs provinciales le prétendaient. Il se racontait de nombreuses fables sur Paris, par jalousie ou souvent par bêtise, « Pour se faire mousser » m’amusai-je un court instant de l’image en trempant les lèvres dans mon verre.
    
    J’étais arrivée à l’instant où un couple encombré par de lourds bagages libérait la place dans un charabia guttural d’outre Rhin. Installée avant que la table soit nettoyée, je suivais depuis le rythme effréné de l’équipe de tournage préoccupée par le besoin de mettre en boite la scène avant la nouvelle courbe du soleil dans l’après-midi. L’annonce du tournage sur les quotidiens avait attiré nombre de badauds, dont beaucoup pressés contre les barrières de sécurité. Je m’estimais donc chanceuse de profiter du spectacle en place assise.
    
    Des accessoiristes avides de se désaltérer en vitesse frôlaient parfois ma table avant de s’engouffrer dans la brasserie à la recherche d’une fraîcheur relative, j’en profitais pour saisir au vol des bribes de conversations, des infos, de quoi nourrir mon imaginaire d’actrice en devenir.
    
    – Je peux ?
    
    La quarantaine, la coupe à la garçonne aux reflets châtain dont une mèche s’étirait sur le front haut, un regard noisette donnait du caractère au visage rond, le nez droit, un sourire engageant sur une bouche aux lèvres un peu fines, la robe de coton imprimé trahissait l’aisance matérielle. L’inconnue discutait quelques instants auparavant avec un personnage important de l’équipe de ...
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