1. La première rencontre


    Datte: 29/06/2020, Catégories: fh, fplusag, forêt, Oral init, Auteur: Lucien Ramier

    En 1960, j’étais jeune apprenti vendeur en librairie à Bordeaux, depuis deux ou trois mois, tout en continuant un peu mes études à la fac de lettres. J’avais alors 19 ans. Toute mon enfance, je l’avais passée dans une pension religieuse, comme il en existait beaucoup à l’époque.
    
    Dans la librairie, certains de mes collègues masculins qui se disent très experts, car ils se vantent de draguer les filles à gogo, me traitent de « puceau ». Curieux ! Car je parle peu et ils ne connaissent rien de ma vie privée. C’est vrai que je suis timide et secret. Mais je commence à faire un complexe d’infériorité, face ces fanfarons, qui me prennent pour un puceau car je n’ai pas la même vision qu’eux de la gent féminine. J’ai cependant un atout qu’ils n’ont pas : la liberté de mouvement. Ma famille habite loin de Bordeaux. Je suis seul et libre, sans aucune contrainte familiale. Je fais ce que je veux de mon temps, sorti de mon travail.
    
    Je viens de louer une petite chambre dans le centre ville. C’est dans une maison basse, au bout de la rue Judaïque, dans une « échoppe ». Mes propriétaires sont de braves gens qui me considèrent comme un familier. Ils sont d’un milieu très aisé et possèdent une villa à Lacanau sur l’Océan. Je n’ai pas beaucoup de moyens, mais j’ai un vélo pour aller à mon travail ou aux cours du soir et me déplacer dans toute la ville.
    
    La petite chambre qu’ils me louent est dépourvue de douche. J’ai l’habitude, le dimanche, de me rendre à la piscine municipale toute proche, pour une toilette « sportive ». Cela m’offre l’avantage de faire quelques rencontres. J’essaye d’approcher quelques jeunes filles qui viennent s’entraîner dans le bassin. Mais je n’ose pas les aborder. Je me sens seul et pourtant pressé de me lier avec une d’elle. À 19 ans on est toujours impatient. Je fais mienne la chanson dans l’air du temps « tous les garçons et les filles de mon âge ». J’ai bien remarqué une mignonne petite brune ces derniers dimanches matin à la piscine. Mais elle fuit mon regard. Je ne connais pas du tout ce milieu féminin. Je dois me guérir de ma timidité, et prendre de l’assurance.
    
    En contact permanent avec la littérature et les livres, je pense en partie trouver dans la lecture de précieux conseils pour me débarrasser de cette timidité. Je ne vends pas de livres sur la sexualité. C’est donc dans une petite librairie près de la gare Saint-Jean que je vais acheter incognito mon premier livre sur le sujet. Ce livre écrit par un médecin, le docteur Valensin, s’intitule « Science de l’amour ». C’est un de mes anciens professeurs qui cite cet ouvrage dans une bibliographie, en classe de philo. Au dos du livre on peut lire :
    
    C’est un livre scientifique, un livre de bonne foi. Son but est d’éclairer de manière décisive un domaine qui pour être familier aux humains, n’en est pas moins tenu secret par toutes sortes de tabous, d’interdits qui favorisent les dérèglements, plutôt qu’ils ne les limitent.
    
    Je pense bien élucider avec ce livre le ...
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