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LA GARDIENNE DU FJORD
Datte: 29/10/2026, Catégories: #fantastique, #sorcellerie, #fantasy, #conte, #mythologie, #initiatique, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe
La brume s’était levée difficilement ce matin-là, comme un linceul hésitant à recouvrir les morts qu’il savait venir. Les côtes de Northumbrie au nord-est de l’Angleterre dormaient encore, paisibles, inconscientes. Et puis vinrent les voiles rouges. Une dizaine de Drakkars apparurent à l’horizon. C’était un raid viking. Le choc fut immédiat : des cris, des cendres, des boucliers éclatés. Les quelques tours de défense furent prises en à peine une heure. Les villages et les castels furent attaqués, le fer dans la chair, le feu dans les toits, des corps tordus sous les lames, des enfants en fuite, des femmes tirées par les cheveux. Le sol n’était plus qu’une mare tiède et écarlate. Et au centre de cette tempête, il y avait Ærik Armodsson, grand, barbu, les yeux fous, l’âme déjà damnée. Il hurlait des noms oubliés en frappant, non pour survivre, mais pour rappeler aux dieux qu’il existait encore. Les cris des assaillants retentissaient. Mort aux Saxons ! Morts aux chrétiens ! Rendez-vous au Valhalla ! Tuez-les tous ! On se revoit pour le banquet d’Odin ! Ærik abattait sa hache sur les cous, dans les reins, dans les entrailles, sur les crânes. Le Viking avait déjà tout pris. Femmes, vin, or, fer. Rien ne lui résistait. Et pourtant, ce jour-là, quelque chose le prit. C’est lui qui trouva la maison de Thora. Une simple bâtisse de bois, un peu à l’écart. Il enfonça la porte d’un coup d’épaule. À l’intérieur, le silence. Puis des yeux. Deux, ...
... luisants, qui le fixait. Elle était là, assise, pieds nus, le visage couvert d’un voile sombre. Jeune, belle, silencieuse. Ærik la saisit par le bras, brutalement. Mais elle ne cria pas. Un léger sourire flottait sur son visage. Elle le fixa. Et dans ce regard, quelque chose changea en lui. Sur le moment, il ne comprit pas ce que c’était. Il ne le comprendra jamais vraiment. Mais ce fut à cet instant précis qu’il cessa d’être libre. Ce que personne ne savait, c’est que Thora n’était pas simplement une paysanne. Elle attendait. Elle servait déjà. La hutte était silencieuse. Juste le bois qui craquait sous les flammes du village. Thora était toujours là, assise au sol, le dos droit, les jambes repliées sous elle. Elle ne fuyait pas. Elle semblait même défier le guerrier du regard. Ærik s’était débarrassé de son armure, haletant, excité par la conquête, le sang encore chaud sur sa peau. — Tu crois que je vais te prendre doucement, putain ? — Tu ne me prendras pas, dit-elle sans ciller. Tu vas te perdre. Il la frappa. Pas fort. Pour la faire taire. Elle sourit, puis passa sa langue sur le filet de sang qui coulait au coin de ses lèvres. Ce fut là que tout bascula. Elle se leva, lentement, et défit elle-même sa tunique. Pas une supplication. Une offrande. Elle était nue, blanche, marquée de cicatrices anciennes qu’Ærik ne comprit pas. Ses seins portaient des symboles, gravés à la lame, son ventre une rune et entre ses cuisses, un triangle inversé, tatoué ...