1. Perdue dans les brouillards de l’automne


    Datte: 26/10/2026, Catégories: #fantastique, Auteur: Calpurnia, Source: Revebebe

    ... retour dans ma petite cellule. Nerveusement épuisée, je me jette sur la couchette et fonds en larmes.
    
    Un vieil homme s’approche et touche mes cheveux pour me consoler. Comment est-il arrivé ici ? Je n’ai même pas entendu la porte s’ouvrir.
    
    — Vous ne me reconnaissez pas, demande-t-il ?
    — Non.
    — Je suis Henri Vernes.
    — Mais je vous croyais mort ?
    — Pas dans ce monde. Pour vous rencontrer, j’ai choisi l’apparence physique de la dernière année de ma vie.
    — Vous allez nous libérer, alors, et nous allons pouvoir rentrer chez nous ?
    — Non, je pourrais le faire, mais je n’ai pas cette intention. Il faut que vous éprouviez votre aventure jusqu’au bout. Autrement, vous seriez déçue.
    — Écoutez, je voudrais tellement vivre une histoire d’amour avec Bob ! S’il vous plaît, vous qui êtes l’auteur, vous devez bien être capable d’exaucer votre fidèle lectrice, même si cela fait quarante ans !
    — Ce n’est pas possible, mon amie, et je vais vous expliquer pourquoi. Vous êtes née en 1970, n’est-ce pas ?
    — Effectivement.
    — Cette année-là, j’ai publiéles contrebandiers de l’atome.
    — Oui, je m’en souviens, cela se passe en Amazonie, avec des trafiquants d’uranium et… Miss Ylang-Ylang, plus un autre gangster nommé Jorge Serena.
    — Vous avez une bonne mémoire. Seulement, avant de publier ce roman, j’en avais écrit une autre version dont je n’ai jamais soumis le manuscrit à mon éditeur habituel,Gérard et Cie, ni à personne d’autre. Et pour cause : Bob Morane et Miss Ylang-Ylang y ...
    ... tombent amoureux l’un de l’autre, et ont une fille qui n’est autre que… oui, vous avez compris, vous-même ! Bob lui-même l’ignore. Comme le livre n’a jamais été publié nulle part, il ne peut pas se souvenir de cette relation, car elle se situe dans une autre branche du temps. C’est Bill, avec sa Mercédès volante, qui a provoqué sans le vouloir la jonction des deux ramifications du flux des évènements, en venant vous chercher sur la Terre.
    — Moi, je suis la fille de Bob et de cette… créature du diable ! Mais quelle idée ! Mes parents m’auraient adoptée sans jamais me le dire, alors ?
    — Tout à fait. J’ai fait en sorte que, toute petite, vous soyez confiée à un couple d’amis, des gens charmants qui vous ont élevée comme leurs propres enfants. Cette idylle n’a pas duré. La vénalité de la belle et les idéaux de mon héros étaient incompatibles. J’ai d’ailleurs déchiré le manuscrit, puis écrit à nouveau l’histoire, d’une manière cette fois plus conventionnelle. La scène d’étreinte au cours de laquelle vous avez été conçue était trop explicite pour de la littérature jeunesse, même dans un contexte post-mai soixante-huit. La censure aurait sévi. J’avoue avoir pris beaucoup de plaisir à l’écrire. Cette œuvre était, en quelque sorte, ma crise de la cinquantaine. Miss Ylang-Ylang est celle qui a toujours animé mes fantasmes, si dangereuse et séduisante à la fois.
    — Il est dommage que vous vous soyez débarrassé du manuscrit. J’aurais vraiment aimé le lire, pour y découvrir mes origines.
    — ...
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