1. Framboise Frivole


    Datte: 24/10/2026, Catégories: #poésie, #exercice, Humour #conte, #initiatique, #regret, #nostalgie, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe

    ... C’était ça, le vrai goût du regret : sucré d’abord, puis amer longtemps.
    
    Il ferma les yeux et pleura. Pas beaucoup. Pas bruyamment. Mais sincèrement.
    
    Quand il les rouvrit, elle était là. Assise sur le banc. Cheveux ébouriffés. Robe tachée de mûre. Une cuillère à la main.
    
    — Tu es Lætitia Biche ? demanda-t-il, la voix enrouée.
    — Peut-être. Tu me veux quoi ?
    
    Silence. Vent. Une abeille explosa contre un caillou.
    
    — Tu as écrit ce carnet ?
    — Non. Mais j’y suis.
    — Tu… existes vraiment ?
    
    Elle s’approcha. Ludo sentit l’odeur de fraise mûre et de fin d’illusion.
    
    — Je suis exactement ce que tu souhaites que je sois. C’est à toi de choisir si ça suffit. Dernière étape, ajouta-t-elle en ouvrant un pot de confiture. Abricot Absolu. Il est brutal. Il dit la vérité.
    
    Ludo avait tremblé pour la Figue Fougueuse, frissonné pour la Cerise Complice, pleuré dans sa barbe devant la Pomme du Doute. Mais face à l’Abricot Absolu, il sentit autre chose : cette panique tranquille de celui qui a trop attendu pour reculer.
    
    — Il y a quoi dedans ? demanda-t-il, en sachant que la question n’empêcherait rien.
    — Du fruit. Et le reste, c’est toi, répondit-elle simplement.
    
    Il approcha la cuillère de ses lèvres. L’odeur était forte, presque animale : un abricot écrasé au soleil, entêtant, mêlé à ce parfum oublié d’un dimanche sans chaussures, d’un rêve jamais raconté. Il comprit que goûter, c’était perdre à jamais l’innocence de la faim.
    
    Puis tout bascula.
    
    Il ...
    ... n’était plus dans la clairière. Plus même tout à fait debout. Il flottait entre des couches de lui-même : gamin collectionneur d’objets inutiles, contrôleur de factures sceptique, aventurier moustachu du pot de confiture.
    
    Des voix lui chuchotaient : sa mère, un vieux prof de techno, une amante imaginaire qui lui disait qu’il n’était « pas si mal pour un jeudi ». Et puis Lætitia. Partout. Une mosaïque d’envies, une déesse sucrée sortie de sa propre faim d’émerveillement.
    
    — Tu m’as inventée, souffla-t-elle tout contre son oreille intérieure.
    — Oui, murmura Ludo.
    — Et maintenant que je suis là ?
    
    Il ouvrit les yeux.
    
    La clairière avait disparu. Il était… dans sa cuisine. La sienne. Grille-pain susceptible, cactus silencieux, placard à mièvres souvenirs.
    
    Sur la table : le carnet, posé comme une vieille lettre jamais envoyée. Et entre ses doigts : un pot vide, sans étiquette.
    
    Au fond de la pièce, la radio grésillait doucement. Une chanson de Boby Lapointe passait.
    
    🎶 Elle m’a dit, t’as du sucre au coin des lèvres, j’ai dit non, c’est de la fièvre… 🎶
    
    Ludo sourit. Pas triomphalement. Pas héroïquement. Mais comme après avoir traversé un rêve à pied nu.
    
    Il se fit une tartine. Lentement. Avec cette précision maladroite qui, autrefois, lui servait à réparer des bouchons de stylo.
    
    Et en étalant la confiture – ou peut-être un fragment de lui-même – il pensa :
    
    « Tartiner, c’est vivre un peu en diagonale. »
    
    Puis il ne chercha pas à comprendre, il ...
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