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Framboise Frivole
Datte: 24/10/2026, Catégories: #poésie, #exercice, Humour #conte, #initiatique, #regret, #nostalgie, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe
Ludo Pichon avait une passion : les objets. Pas les utiles – non, trop de pression. Il collectionnait les choses qui n’avaient plus de fonction, mais beaucoup de souvenirs : bouchons de stylo sans stylo, étiquettes de chaussettes, cure-dents gravés. Son appartement sentait la poussière de bibliothèque municipale et le linge humide oublié. Il portait la moustache comme on porte le doute : discrète, mais constante, trouvait fatigants les réseaux sociaux, suspects les machines à café, et absurdes les interactions humaines. Chaque samedi matin, il se rendait chez Épices & Délices – un lieu étroit, débordant, où la propriétaire, Madame Jambon, veuve autoproclamée baronne des cornichons marinés, exposait ses produits sur des étagères penchées par la déprime. C’est là que tout a basculé. Entre un bocal de pickles soviétiques et une boîte de sardines hongroises, il la vit. Une confiture. Un pot rond, dodu, habillé d’une étiquette violette en tissu. Un ruban de soie ceignait le couvercle, comme si la marmelade s’apprêtait à sortir en soirée mondaine. Ludo tendit la main, presque en tremblant. L’étiquette disait : « Framboise Frivole – cueillie à la main par L. Biche, à l’aube nue des Monts Patraques. » « À consommer sans pudeur. » Son oreille gauche rougit. Sa moustache frémit. Son imagination, jusque-là cantonnée à des fantasmes de rangement, s’emballa. Qui était L. Biche ? Pourquoi l’aube était-elle nue ? Et surtout, pourquoi cette sensation étrange ? ...
... Il y avait là une promesse. Un message. Une pulsion. Une main invisible tirant doucement la braguette de son âme. — C’est une petite production artisanale, dit Madame Jambon en réarrangeant ses cornichons. La femme qui fait ça vit dans les montagnes. Sauvage. Très particulière. Elle parle aux chèvres. Ou aux arbres. Je sais plus. Ludo ne répondit pas. Il acheta le pot, sans négocier, sans réfléchir. Chez lui, il le posa sur la table. Il attendit la nuit que tout soit calme. Puis il l’ouvrit. L’arôme gémit. De la framboise, oui – mais aussi quelque chose de plus intime. De chaud. Une promesse en bouche. Et ce fut une caresse dans un bain tiède, une main au creux des reins. La confiture ne fondait pas : elle s’offrait. Ludo ne dormit pas cette nuit-là. Il rêva d’une femme aux cheveux emmêlés de lumière sucrée…, au rire doux, aux lèvres rouges de baies écrasées. Elle lui murmurait : « Trouve-moi. » Et au matin, il sut. Il quitterait tout : son poste de contrôleur de factures à la mairie, son appartement, Madame Jambon, les cornichons marinés. Il partirait. À la recherche de L. Biche. Ludo ne fit pas ses valises. Il les contempla longtemps, puis décida qu’elles étaient trop pleines de passé pour contenir l’avenir. Finalement, il y fourra quelques slips, son dictionnaire des prénoms oubliés(édition 1976) et le pot vide de Framboise Frivole dans un sac en bandoulière qui sentait encore le lait tourné et la résignation. Il laissa un mot à sa concierge : Son moyen ...