1. Cette expression à la con...


    Datte: 22/10/2026, Catégories: #initiatique, fh, collection, Auteur: Samir Erwan, Source: Revebebe

    J’ai rien vu venir. Nathalie m’a regardé droit dans les yeux, posée, tranquille et m’a balancé ça entre deux gorgées de thé :
    
    — J’ai recouché avec Vincent.
    
    Vincent, son ex, celui qu’elle disaitfini, mort, insignifiant. La salope. J’ai pas crié. J’ai pas pleuré. J’ai serré la mâchoire. J’ai fixé un point sur le mur. Pas de scène, pas de crise. Juste le vide. Quelle connasse ! J’ai pris mes clopes, mes clés, et j’suis parti. J’suis allé noyer cette merde dans l’alcool. J’suis pas rentré depuis.
    
    Au bar, y avait Julien, mon pote, fidèle au comptoir, fidèle à ses vannes de merde. Il a pas attendu. Il m’a vu arriver, il a deviné. Il a versé deux verres, il m’a tendu le mien.
    
    — Alors, qu’est-ce qui t’arrive ?
    
    J’ai vidé le verre. J’en ai demandé un autre. Il a insisté. J’ai craché l’histoire. Les mots m’ont dégoûté pendant que je les disais. Julien est toujours là pour dire une connerie quand il faut pas. Et qu’est-ce qu’il me sort, en posant sa main sur mon épaule et avec un putain de sourire aux lèvres ?
    
    — Une de perdue, dix de retrouvées, hein…
    
    J’ai tourné la tête lentement. Je l’ai regardé, j’allais le bouffer.
    
    — Ta gueule, Julien.
    
    Il a voulu rigoler, un peu gêné, faire passer ça. Il m’a tapoté l’épaule. J’ai reculé.
    
    — Sérieux, ta gueule.
    
    Il a voulu m’offrir une autre bière. J’ai décliné. J’ai balancé un billet sur le comptoir, j’ai tourné les talons. Je sentais encore son regard dans mon dos, gêné, impuissant et con. Moi, fallait que je marche, ...
    ... fallait que je crève un peu. J’ai marché, sans but, sans plan. J’avais besoin de silence, ou de bruit. Mais surtout pas de mots et pas de phrases toutes faites de mes deux.
    
    Et là, à deux rues du bar, je tombe sur Fanny. Elle sortait d’une librairie, un sachet à la main. Elle m’a vu, elle a souri. Fanny avec sa robe trop courte pour le mois d’avril et son sourire qui se souvient de toutes ces choses sales, ce qu’on a fait ensemble.
    
    — Tiens tiens… Toi ici ?
    — Moi ici. Toi aussi.
    — T’as l’air au bout.
    — J’suis au bout.
    
    Elle m’a regardé longtemps, j’ai dû avoir l’air crevé.
    
    — Viens, on va boire un verre.
    
    J’ai hoché la tête. On a marché ensemble sans bavardage inutile. Au bar, on s’est posés. Elle a commandé du vin rouge. Moi j’suis resté à la bière. Elle m’a demandé ce qui n’allait pas. J’ai dit : « Nathalie. » Elle a fait une grimace. Elle s’en souvenait.
    
    — Elle t’a laissé tomber ?
    — Non. Pire. Elle a recouché avec cette merde.
    
    Fanny a pas posé plus de questions. Elle a bu. J’ai balancé l’histoire, vite fait. Elle m’a écouté, sans faire de commentaires de merde, elle. Elle a plutôt changé de sujet. Elle a parlé de ses envies, de son manque, du besoin de sentir quelqu’un, de s’oublier dans la peau de l’autre. Puis elle a dit :
    
    — Tu m’as toujours baisée comme si t’avais une urgence.
    
    J’ai souri. Elle a posé sa main sur ma cuisse. J’ai écarté les jambes. Elle l’a remontée doucement.
    
    — C’est toujours là ? elle a demandé.
    
    J’ai dit :
    
    — Plus que ...
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