1. K.O, en une heure à peine, tu m'as mise K.O


    Datte: 09/10/2026, Catégories: #drame, #rupture, #adultère, fh, Auteur: Delectatio, Source: Revebebe

    Cela faisait quarante-deux ans qu’ils étaient ensemble. Quarante-deux ans de gestes quotidiens et de paroles simples, érigés en souvenirs chers, grâce à leur régularité. Maude n’avait jamais douté. Bien qu’il y ait eu des phases plus éprouvantes que d’autres, rien ne les avait jamais vraiment divisés. Ils résidaient dans une belle maison aux volets azur, à l’orée d’un village typique que le temps semblait avoir préservé.
    
    Ce soir-là, le thé fumait encore sur la table basse. La radio diffusait un vieux tube des années 80. Maude, les pieds emmitouflés dans une couverture, tricotait une ravissante brassière pour la petite merveille qui venait de naître. Quand elle entendit la porte d’entrée claquer, elle sourit sans lever les yeux.
    
    Mais quelque chose clochait.
    
    Il n’avait rien dit. Pas de « Bonsoir », pas de baiser sur le front comme à son habitude. Elle l’entendit monter l’escalier à pas lourds, presque mécaniques. Maude éprouva une raideur dans sa poitrine, une intuition persistante, mais aiguë. Elle laissa tomber ses aiguilles, dans l’attente.
    
    Lorsqu’il redescendit, il portait la grande valise verte, celle qu’ils prenaient en général pour leurs voyages à l’étranger. Son visage était impassible et son regard semblait vide.
    
    — Je m’en vais, annonça-t-il d’une voix glaciale, sans donner d’autres explications.
    — Tu t’en vas où ? répliqua-t-elle, encore candide.
    — Je te quitte, déclara-t-il en la regardant à peine.
    
    Elle pensa d’abord avoir mal entendu. Ses mots ...
    ... résonnèrent comme une lourde pierre qui tombe au beau milieu d’une étendue d’eau tranquille. Elle demeura pétrifiée, la bouche béante, les mains figées sur les genoux.
    
    — Tu me quittes ? Fabrice ? Mais… pourquoi ?
    
    Pas de réponse. Il paraissait déjà bien loin.
    
    — Il y a quelqu’un d’autre ? murmura-t-elle, presque honteuse d’oser poser la question.
    
    Il haussa les épaules, un geste vague, comme s’il voulait évacuer le sujet.
    
    — Ce n’est pas à cause de toi. C’est moi.
    
    Cette phrase ridicule, usée jusqu’à la corde, du genre de celles qu’on utilise pour ne pas blesser l’autre et finalement pour ne rien dire. Maude sentit quelque chose se fendre en elle.
    
    — Mais pourquoi ? Ça te prend comme ça, tout d’un coup, sans raison. Nous étions si bien… Je croyais qu’on était heureux…
    
    Il détourna le regard. Puis il ajouta, dans un souffle :
    
    — Je ne veux pas mourir ici.
    
    Stupéfaite par la réponse, elle se figea sur place.
    
    Mais, lorsqu’elle le vit tourner la poignée, elle bondit, tel un ressort.
    
    — NOOOON ! cria-t-elle.
    
    Elle s’interposa, telle une furie, entre lui et la porte, les bras écartés, simples fétus de paille face à une vague déferlante. Son visage était blême, mais tendu par une force invisible, celle de toutes les années passées à ses côtés.
    
    — Tu ne peux pas partir comme ça, Fabrice. Pas comme ça !
    
    Il soupira, une main encore posée sur la valise, l’autre dans sa poche, comme s’il cherchait un refuge dans ce geste.
    
    — Maude…
    — Non ! Tu ne vas pas ...
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