1. Le sourire des loups


    Datte: 08/10/2026, Catégories: #société, #nonérotique, #personnages, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe

    ... c’est pire.
    
    L’information sortit à 18 h 02. Une brève sur Canal Info, presque anodine : « Un déjeuner suspect entre un conseiller du cabinet du Premier ministre et le PDG de Novaflux, entreprise adjudicataire d’un marché public stratégique. »
    
    Il n’y eut ni photos ni preuves. Les preuves ne sont pas nécessaires. Le bruit suffit amplement. Il y eut juste un nom, une date, une table dans un restaurant discret du XVIe arrondissement. Et une odeur de conflit d’intérêts.
    
    Il ne fallut pas dix minutes pour que toutes les rédactions s’en emparent. Le nom de Marc Barrot, bras droit de Lemoine, commença à circuler. Dans la soirée, les mots enquête interne, mise en retrait, puis démission temporaire apparurent, dans cet ordre.
    
    À 21 h 15, Marc Barrot n’existait plus politiquement.
    
    François Lemoine jeta son téléphone contre le mur. L’appareil rebondit, éclata en deux, puis glissa sous une commode Louis XVI. Il ne bougea pas.
    
    Son chef de cabinet restait figé, debout près de la porte.
    
    — Elle l’a fait. Danel. C’est elle.
    
    Lemoine acquiesça. Silencieux. Il le savait aussi.
    
    Il marcha jusqu’à la fenêtre, contempla les grilles de Matignon, les gyrophares qui balayaient la cour. Il inspira longuement.
    
    — J’ai nourri une louve. Je croyais pouvoir l’apprivoiser. Elle a mordu la main qui la nourrissait.
    — Et maintenant ?
    
    Il se retourna, lentement.
    
    — Maintenant, je vais faire ce qu’on fait avec les bêtes qui se croient trop intelligentes. Je vais lui offrir ...
    ... un terrain de jeu plus grand. Un terrain piégé.
    
    Victor Reynaud feuilletait distraitement un rapport confidentiel sur le prix du lithium en Afrique australe quand son téléphone clignota. Il reconnut le numéro immédiatement, un intermédiaire de Lemoine. Il ne répondit pas.
    
    Il laissa le téléphone vibrer jusqu’au silence, puis le balaya du revers de la main. Il appela une autre ligne.
    
    — Fixe-moi un dîner discret avec Clara Danel. Pas de journalistes, pas de foutus attachés, pas de conseillers à la con. Dis-lui que j’ai une proposition. Et que je ne suis pas du genre à supplier.
    
    Il raccrocha, alluma une cigarette, chose qu’il ne faisait qu’en cas de mouvement tectonique politique en cours.
    
    Puis il composa un autre numéro, sur une ligne étrangère.
    
    — Ici Reynaud. Passe le message. Qu’il mette la pression sur Danel. Dis-lui qu’on a des projets de centrale solaire. Si elle veut leur soutien, elle devra céder un bout de terrain.
    
    Il parlait d’un terrain stratégique à Aix-en-Provence. Un site public dont la vente était suspendue par le ministère de Clara.
    
    Victor savait une chose, Clara n’était pas seulement brillante, elle était corruptible. Pas par l’argent, par la puissance, le pouvoir, la reconnaissance. Il n’y avait qu’un terrain sur lequel on pouvait avancer avec elle, celui de sa propre ambition.
    
    À 23 h 17, il reçut un message d’un numéro non identifié.
    
    « Dîner accepté. Demain. 20 h », pas un mot de plus. Il sourit. Le jeu devenait délicieux. Et ...
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