1. Le sourire des loups


    Datte: 08/10/2026, Catégories: #société, #nonérotique, #personnages, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe

    ... la salle des machines. Et là-dedans, vous êtes déjà morte.
    
    Elle le fixa longuement. Et finit par lâcher :
    
    — Vous avez fini, Henri ? Ou vous voulez que je prenne des notes pendant votre oraison funèbre ?
    
    Après un long silence, il la regarda, sans colère, un léger sourire même.
    
    — Bonne chance, Madame la Ministre. Vous allez en avoir besoin.
    
    Elle sortit sans se retourner.
    
    Clara venait de se faire un ennemi de plus. Ou plutôt, elle venait de négliger un avertissement de trop.
    
    Mercredi matin 8 h 55. L’Élysée, salon Murat. Conseil des ministres
    
    Clara entra. Elle se tenait droite, le regard fixe. Elle portait un tailleur clair, impeccable. Il n’y avait aucun tremblement dans ses mains. Certains levèrent à peine les yeux. François Lemoine, lui, est déjà assis. Le chef de l’État regardait ses fiches. Clara fit le tour de la table. Plusieurs la saluèrent brièvement. Deux détournèrent le regard. Un secrétaire d’État lui adressa un pauvre sourire d’excuse. Pitoyable. Elle s’installa à sa place. Son nom est toujours écrit sur un petit carton blanc. Mais le dossier posé devant elle était vierge.
    
    Le Président leva les yeux.
    
    — Bonjour à tous. Le remaniement gouvernemental aura lieu dans l’après-midi. Certaines fonctions seront renouvelées. Je tiens à remercier ici ceux qui ont servi l’exécutif avec loyauté et engagement.
    
    Son regard glissa brièvement vers Clara. Puis il poursuivit, déjà ailleurs :
    
    — Nous passons à l’ordre du jour.
    
    Pendant toute la ...
    ... réunion, Clara garda le masque. Mais derrière la façade, ses pensées claquèrent, comme des gifles.
    
    « Ils t’ont eue. Ils t’ont enfermée dans ton propre personnage. Ils ont attendu que tu t’agites, que tu te dresses, que tu les défies. Et ils t’ont simplement… laissée te casser la gueule toute seule. »
    
    Elle leva la main.
    
    — Permettez-moi de dire quelques mots, Monsieur le Président.
    
    Il y eut un frémissement dans la salle. Le Président hocha la tête, vaguement. Lemoine la fixa, immobile.
    
    Clara se leva. Sa voix était posée, mais tranchante.
    
    — J’ai accepté cette fonction sans illusion, mais avec détermination. On m’a reproché d’avoir trop parlé, trop vite. D’avoir bousculé. Mais au moins, j’ai existé. J’ai été une voix, une force, une contradiction. Et je préfère chuter debout que de m’être tenue à genoux dans cette salle pendant des années.
    
    Elle se rassit. Elle savait que cette prise de parole la condamnait à jamais. Un silence suivit sa déclaration. Le ministre de l’Économie sourit discrètement, les bras croisés. D’autres feuilletaient leurs papiers. Le Garde des Sceaux ne bougea pas, Lemoine non plus. Le Président hocha la tête.
    
    — Merci, Clara. Vos mots sont notés.
    
    Et l’on passa à autre chose.
    
    Clara descendit les marches de l’Élysée seule. Une pluie fine tombait, légère, presque moqueuse. Les caméras étaient tenues à distance.
    
    Elle s’apprêtait à monter dans la voiture noire quand Sonia l’aborda, la main glissée dans la poche de son manteau, tranquille, ...