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Le sourire des loups
Datte: 08/10/2026, Catégories: #société, #nonérotique, #personnages, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe
... mise à mort en gants blancs. Dans un accès d’élégance sadique, elle se fendit d’un tweet ironique : « Il faut toujours se préparer à croiser ses ennemis. Surtout quand on les a invités ». Les rats commencèrent à quitter le navire. Son directeur de cabinet, Antoine Ghislain, l’un de ses plus anciens soutiens, lui annonça son départ « pour raisons personnelles ». En réalité, il venait d’obtenir un poste à Bruxelles, grâce à l’entremise directe… du Premier ministre. Sa porte-parole, elle, se mit en congé. Elle « traversait une période difficile ». En fait, elle postulait chez Lair. Clara, qui jusque-là maîtrisait parfaitement son image, devint objet de moqueries. Des captures de ses anciens tweets, confiants, provocateurs, furent ressorties et tournées en dérision. Un montage sur les réseaux sociaux devint viral : une photo d’elle en campagne, superposée à un graffiti : « Le vide avec du charisme ». Le dimanche soir, 18 h 14. Clara reçut un appel du Secrétaire général du gouvernement. — Madame la ministre, le Président envisage un remaniement. Votre portefeuille ne sera pas reconduit. Une communication officielle aura lieu lundi. — C’est une blague ? — Je vous conseille de préparer une déclaration de sortie. Si vous souhaitez que nous vous aidions… — Non. Merci. Elle coupa la ligne. Le bureau était silencieux. Elle regarda les murs, les plantes, les dossiers en pile. Elle pensa à tout ce qu’elle voulait faire. À tout ce qu’elle n’a pas eu le temps de ...
... comprendre. Puis elle sortit un carnet, nota quelques noms. Entoura certains, pas pour se venger, pour ne pas oublier. Enfin, si, pour se venger, si elle en avait l’occasion. Il s’appelait Henri d’Aumont, 72 ans, sénateur centriste depuis trente-huit ans. Trois ministères, deux scandales, jamais mis en cause, toujours réélu. Les plus jeunes le surnommaient « le mort-vivant », les anciens l’appelaient encore « Monsieur le Ministre ». Il avait demandé à voir Clara en tête-à-tête. Par politesse, et par instinct, le pouvoir reconnaît toujours ses morts imminents. Peut-être même voulait-il lui tenter de lui sauver la mise. Ils se retrouvèrent dans une salle du Palais Bourbon, entre deux votes. Lui en costume bleu nuit impeccable, elle en robe droite, le regard tendu. — Vous êtes brillante, Clara. Et c’est bien le problème. Elle haussa un sourcil. — Il paraît que je suis aussi dangereuse. — Non. Vous êtes naïve. C’est pire. Vous avez voulu grimper trop vite. Bousculer les hiérarchies. Vous vous êtes permis un ton narquois avec des gens qui font et défont des carrières depuis trente ans. Vous avez joué la carte du personnel, du direct, de l’éclat. Mais ici, on travaille à l’usure. Vous avez méconnu les rouages. Il s’approcha légèrement, sa voix plus grave. — Vous avez humilié ceux que vous auriez dû corrompre. Vous avez exposé ceux qu’il fallait flatter. Vous avez traité la politique comme une guerre d’opinion. Mais ce n’est pas la rue qui vous juge, Clara. C’est ...