1. La danseuse et le luthier


    Datte: 16/09/2026, Catégories: Entre-nous, Hétéro Auteur: CDuvert, Source: Hds

    ... Mon grand-père à trente-huit. C'est héréditaire. Une dégénérescence progressive des cellules ciliées de l'oreille interne.
    
    Léa sentit son cœur se serrer. Elle s'agenouilla devant lui, prenant ses mains dans les siennes.
    
    — Les médecins, ils disent quoi ?
    
    Thomas eut un rire amer qui ressemblait à un sanglot étouffé.
    
    — Qu'il me reste peut-être deux ans avant que ce soit... complet. Deux ans pour continuer à entendre les nuances, les harmonies. Après...
    
    Il ne finit pas sa phrase. Comment expliquer qu'après, il ne serait plus qu'un fantôme dans son propre atelier ? Qu'un luthier sourd était comme un peintre aveugle, un écrivain sans mots ?
    
    Léa le serra contre elle, sentant ses épaules trembler sous l'émotion contenue. Dans cette étreinte, elle prit conscience que son propre secret pesait comme une pierre dans sa poitrine. Ils étaient là, tous les deux, à partager une intimité parfaite construite sur des mensonges par omission.
    
    — Thomas... Il faut que je te dise quelque chose moi aussi.
    
    Il releva la tête, lisant dans ses yeux noisette une détresse qui faisait écho à la sienne.
    
    — Ma blessure... Elle ne guérira jamais. Pas vraiment.
    
    Elle lui raconta tout : les examens, les IRM qui révélaient des lésions plus graves que prévu, les médecins qui parlaient d'arthrose précoce, d'inflammation chronique. Danser devenait chaque jour plus douloureux, et continuer risquait de la mener vers une invalidité permanente.
    
    — Ils m'ont donné six mois, dit-elle en ...
    ... écho à son propre pronostic. Six mois avant que je ne doive arrêter définitivement si je ne veux pas finir en fauteuil roulant.
    
    Cette nuit-là, l'atelier devint un refuge contre le temps qui leur échappait, un espace où la douleur et le désir s'entremêlaient dans une danse aussi tragique qu'intense. Ils firent l'amour avec une intensité désespérée, comme si leurs corps, en s'unissant, pouvaient défier l'inéluctable, repousser l'échéance cruelle que leurs aveux avaient gravée dans leurs esprits. Chaque geste, chaque souffle portait une urgence viscérale, une volonté farouche de s'ancrer l'un dans l'autre avant que tout ne s'effrite.
    
    Thomas, assis sur le sol dur de l'atelier, attira Léa contre lui, ses mains tremblantes cherchant sa peau comme un aveugle cherche la lumière. Il caressa chaque courbe de son corps avec une attention douloureuse, presque révérencieuse, comme s'il sculptait une dernière œuvre dans sa mémoire. Ses doigts rugueux, habitués au bois et aux cordes, parcoururent la douceur de ses hanches, remontèrent le long de sa colonne vertébrale pour s'attarder sur chaque vertèbre, mémorisant la texture satinée de sa peau.
    
    Il pressa ses lèvres contre la courbe délicate de son cou, là où son pouls battait frénétiquement, et savoura la façon dont elle gémissait doucement, un son qu'il craignait de ne plus entendre un jour. Il embrassa cette peau tiède encore et encore, inhalant son parfum – un mélange de sueur et de quelque chose de plus subtil, comme une trace de ...
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