1. La danseuse et le luthier


    Datte: 16/09/2026, Catégories: Entre-nous, Hétéro Auteur: CDuvert, Source: Hds

    ... par les dernières vagues de leur extase partagée.
    
    Pantelants et tremblants, ils restèrent enlacés sur le sol jonché de copeaux et d'outils. Leurs membres s'entrelacèrent comme les cordes d'un instrument épuisé, leurs souffles se mêlant dans l'air saturé de leur plaisir. Le bandeau glissa enfin de ses yeux humides, révélant des regards chargés d'une intimité profonde et renouvelée.
    
    Dans leurs pupilles dilatées se lisaient l'amour et le désir fusionnés, promesse d'harmonies encore inexplorées dans ce temple de la musique devenu écrin de leur passion consommée.
    
    ***
    
    C'est par un soir de janvier, particulièrement froid que Léa remarqua pour la première fois que quelque chose clochait. Thomas était en train de régler un violon qu'il avait fini de vernir le matin même, mais il s'y reprenait à plusieurs fois, fronçant les sourcils avec une concentration inhabituelle. Il pinçait les cordes, ajustait les chevilles, recommençait, comme s'il cherchait un son qui lui échappait.
    
    — Tu n'arrives pas à l'accorder ? demanda-t-elle en s'approchant.
    
    — Si, si... C'est juste que...
    
    Il s'interrompit, posa l'instrument sur son établi avec une délicatesse exagérée.
    
    — Thomas ?
    
    — Ce n'est rien. Juste de la fatigue.
    
    Mais Léa avait noté cette micro-hésitation, cette façon qu'il avait eue de tourner légèrement la tête vers elle quand elle avait parlé, comme pour mieux capter sa voix. Elle n'insista pas ce soir-là, mais quelque chose avait bougé dans sa perception de ...
    ... lui.
    
    Au cours des semaines suivantes, les signes se multiplièrent avec une discrétion cruelle. Thomas demandait parfois qu'elle répète une phrase, prétextant qu'il était absorbé par son travail. Il montait le volume de la chaîne stéréo un peu plus fort qu'avant. Quand ils étaient dans l'atelier et qu'un client poussait la porte d'entrée, c'était toujours Léa qui entendait la clochette en premier.
    
    Un soir, alors qu'elle dansait sur une mélodie qu'il improvisait au violon, elle remarqua qu'il ne réagissait plus aux tapotements rythmiques subtils de ses pieds. Avant, il adaptait instinctivement son jeu à ses mouvements, créant un dialogue musical parfait. Cette fois, il suivait sa propre partition, déconnecté de la danse qu'elle lui offrait.
    
    — Tu ne m'entends plus, murmura-t-elle en s'arrêtant au milieu d'un mouvement.
    
    Thomas continua à jouer quelques mesures avant de réaliser qu'elle avait parlé. Quand il leva les yeux vers elle, son visage se décomposa.
    
    — Comment le sais-tu ?
    
    Sa voix était si basse qu'elle dut lire sur ses lèvres autant qu'elle l'entendit. Thomas posa son violon avec des gestes de vieillard, ses mains tremblant imperceptiblement.
    
    — Depuis quand ? demanda Léa en s'approchant.
    
    — J'ai commencé à m'en rendre compte il y a six mois. Au début, je pensais que c'était le stress, la fatigue. Puis...
    
    Il s'assit lourdement sur son tabouret, soudain voûté comme sous le poids d'une charge invisible.
    
    — Mon père a commencé à perdre l'ouïe à quarante ans. ...
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