1. La danseuse et le luthier


    Datte: 16/09/2026, Catégories: Entre-nous, Hétéro Auteur: CDuvert, Source: Hds

    ... chanterelle.
    
    Thomas se retourna, surpris. Il n'avait pas entendu entrer la jeune femme qui se tenait maintenant près de la porte, ses yeux noisette posés sur lui avec une attention troublante.
    
    — Pardon ?
    
    — La corde la plus aiguë, précisa Léa en s'approchant. Elle tire un peu moins vers le haut. J'ai l'oreille... sensible.
    
    Thomas la détailla rapidement. Grande, élancée avec cette posture particulière aux danseuses – le port de tête altier, les épaules dégagées, cette façon de se tenir qui transformait la station debout en performance. Même immobile, elle semblait sur le point de s'envoler.
    
    — Vous êtes musicienne ?
    
    — Danseuse. Enfin... j'étais.
    
    Le passé composé lui avait échappé. Elle détourna le regard, embarrassée.
    
    Thomas reprit son violon, vérifia l'accord. Elle avait raison. Il resserra légèrement la cheville, rejoua la note. Parfait.
    
    — Impressionnant, murmura-t-il. Vous avez l'oreille absolue ?
    
    — Non, mais j'ai passé tellement de temps en studio que... Les instruments mal accordés me donnent presque mal au ventre.
    
    Il sourit. Un sourire qui creusait de fines rides au coin de ses yeux gris.
    
    — Je connais cette sensation. Sauf que moi, c'est quand le bois travaille mal que j'ai l'estomac noué.
    
    Léa fit quelques pas dans l'atelier, s'arrêtant devant un violoncelle en cours de vernissage. Sa main effleura l'air au-dessus de l'instrument, sans le toucher, dans un geste d'une grâce naturelle qui n'échappa pas à Thomas.
    
    — Vous pourriez... ...
    ... me montrer comment vous bougez ?
    
    La question était sortie spontanément. Il rougit légèrement.
    
    — Excusez-moi, c'est indiscret. C'est juste que... j'aimerais comprendre.
    
    — Comprendre quoi ?
    
    — Le rapport entre le corps et la musique. Quand je fabrique un instrument, je sens ses vibrations dans mes mains, dans ma poitrine. Mais vous, vous traduisez la musique avec tout votre corps.
    
    Léa hésita. Cela faisait des semaines qu'elle n'avait pas dansé devant quelqu'un. Mais quelque chose dans le regard de cet homme – une curiosité respectueuse, dénuée de voyeurisme – la mit en confiance.
    
    — Vous pourriez jouer quelque chose ?
    
    Thomas acquiesça, prit le violon qu'il venait d'accorder. Il entama une mélodie simple, un adagio de Bach qu'il connaissait par cœur.
    
    Léa ferma les yeux et laissa la musique pénétrer ses muscles. Ses bras se levèrent d'abord, dessinant des arabesques fluides dans l'air. Puis ses hanches suivirent le mouvement, son bassin s'inclina, et elle commença à se déplacer dans l'espace restreint de l'atelier.
    
    Thomas faillit s'arrêter de jouer. Jamais il n'avait vu son art prendre corps de cette façon. Chaque note qu'il produisait semblait naître dans le ventre de la danseuse avant de s'élever vers ses bras, ses épaules. Elle ne dansait pas sur sa musique – elle était sa musique.
    
    Léa ouvrit les yeux et croisa son regard. Il y avait quelque chose d'intense dans cette communion silencieuse, quelque chose qui dépassait l'art pour toucher à l'intime. ...
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