1. La chaise mexicaine


    Datte: 04/09/2026, Catégories: #biographie, #psychologie, #rencontre, #confession, Oral Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe

    ... yeux. Toutes les femmes qui ont une âme ont de très beaux yeux. Même Ivy qui a de petits yeux marrons avait de très beaux yeux quand je pouvais lire en elle en les regardant.
    
    — Merci, a-t-elle dit quand elle a pu ouvrir la bouche. Ce n’est rien, je crois, juste un étourdissement, le soleil je crois et aussi, je ne mange pas en ce moment, je n’ai pas d’appétit. C’est à cause de lui.
    
    Elle a regardé un instant autour d’elle comme si elle ne comprenait pas où elle était, puis elle s’est mise à me raconter sa vie, sans que je lui pose aucune question.
    
    — Elle est bien là, votre femme, avec ce cyprès qui lui fait de l’ombre de temps en temps. Mon type à moi, il est en plein soleil. C’est bien fait, je le hais. Vous venez par amour et moi je viens par haine. J’essaye de lui gâcher sa mort. Nous avons vécu vingt ans ensemble, vingt ans. C’était mon patron au départ. C’est banal, hein ? Je travaillais au siège, à Paris et lui, il habitait assez loin, en Normandie avec sa femme et ses enfants. Il avait trois enfants. Moi, je n’en ai pas et maintenant, c’est trop tard. J’ai dépassé la date limite. J’ai été sa maîtresse pendant vingt ans. Il restait à Paris la semaine et il rentrait en Normandie le week-end. C’était pratique pour lui, vous comprenez ? Une putain dans chaque port. J’ai été amoureuse de lui au début, je ne dis pas. Il était drôle, il était fort et il me donnait l’impression d’être importante. Mais il n’a jamais parlé de quitter sa famille pour moi. J’ai attendu, ...
    ... attendu mais ce n’est jamais arrivé. Il habitait chez moi du lundi au vendredi, je lavais ses chemises et préparais ses repas et bien sûr, on faisait l’amour quand monsieur avait envie. Monsieur avait beaucoup envie. Quand il avait des dîners d’affaire, je faisais la potiche. Si vous saviez comme je me suis ennuyée pendant ces soirées interminables où ils parlaient économie en me mettant la main aux fesses ! Bref, au bout de quelques années, je lui ai dit que j’aimerais bien avoir une vie moi aussi, une famille, un avenir. Mais il m’a embobinée. Nous avons acheté un appartement ensemble, preuve selon lui de son engagement dans notre histoire. Pour le bébé, ce n’était jamais le bon moment mais il n’était pas contre. Vu notre différence d’âge, il était certain que je lui survivrais. Alors il m’a dit qu’il avait assuré mon avenir avec une méga assurance-vie. Une fois, j’ai tenté de le quitter mais il m’a menacée de ne plus trouver de boulot nulle part, qu’il ferait passer le mot chez tous ses copains. Je les connaissais, c’était ceux qui me tripotaient dans les dîners. Et voilà qu’il est mort. Pof, crise cardiaque, chez lui, en Normandie. Je l’ai appris trois jours plus tard par une collègue. Et c’est en contactant son notaire que j’ai appris que Monsieur était un salaud. Il n’y avait aucune assurance-vie et la moitié de mon appartement appartient à sa femme. J’ai gâché ma vie. Je suis une idiote. Hier, j’ai pissé sur sa tombe. Je vais devenir folle.
    
    Elle était blanche comme ...
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