1. La chaise mexicaine


    Datte: 04/09/2026, Catégories: #biographie, #psychologie, #rencontre, #confession, Oral Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe

    Je ne sais pas si tous les épisodes de ce récit respectent la concordance des temps. Mais vous comprendrez en lisant pourquoi mon écriture a été perturbée. Après tout, il y a des choses plus importantes que la concordance des temps, non ?
    
    Pendant des semaines, j’ai été très en colère. Il m’était impossible de lui adresser la parole. Finalement, j’ai dû me résoudre à passer outre, à accepter l’idée qu’elle n’était pas responsable de la situation et je suis revenu la voir. Mais j’ai pris des résolutions.
    
    — A partir de maintenant, ai-je dit dès ce premier jour, je ne te cacherai plus rien. C’est fini toutes ces histoires. Ta jalousie n’a plus lieu d’être, n’est-ce pas ? Nous avons tellement de souvenirs en commun que je suis incapable de faire le tri. Je dois bien vivre avec, que je le veuille ou non. Aussi, je suis venu te raconter tout ce qui s’est passé, ce que tu as découvert et ce que tu as ignoré. Je ne pense pas que cela puisse te faire du mal et moi, j’ai besoin de ça pour cesser de ruminer remords et regrets.
    
    Ivy, ma femme n’a pas répondu. Elle est morte il y a cent quatre jours d’un cancer métastasé partout. Elle avait soixante-deux ans, comme moi. C’était un sacré coup de canif dans le contrat. Il était prévu depuis le début que je devais mourir le premier.
    
    Mes débuts au cimetière ont été très fatigants, le stress, la station debout sous un soleil de plomb, tout a concouru à m’épuiser. Pourtant, la nuit qui a suivi, j’ai très mal dormi. J’ai réfléchi à ...
    ... tout ce que j’avais à raconter à ma femme et vous le savez bien, quand on pense trop, on ne dort pas. Le lendemain, je suis donc retourné au cimetière avec une chaise, une petite chaise en paille peinte à la mode mexicaine. Je l’ai choisie parce qu’elle n’était pas lourde et aussi parce qu’elle appartenait à la grand-mère de ma femme. C’est elle, ma femme pas la grand-mère, qui l’a repeinte et c’est elle aussi qui s’asseyait toujours dessus quand nous prenions nos repas. C’est de cela que j’ai parlé en premier, une fois assis sur la petite chaise mexicaine devant la tombe.
    
    — Depuis que tu n’es plus là, je n’ai pas fait un seul repas correct. À l’hôpital, tu m’as fait promettre de continuer à cuisiner pour manger sain, comme nous l’avons toujours fait. J’ai promis parce qu’on ne peut pas dire non à une mourante mais je m’en fous de ma promesse. Pour ce que ça t’a servi de manger des légumes et des fruits tous les jours. Alors je me nourris de chips, de camembert et de Snickers glacés. Quand j’en aurai assez de ce régime, on verra. Il y a tout de même quelques recettes que tu m’as apprises que je voudrais refaire. Et puis quand les enfants viennent à la maison, je suis bien obligé de faire semblant que je sais m’occuper de moi-même. Tu sais que je n’ai jamais vécu seul, c’est une grande première pour moi. Je suis passé directement de chez mes parents à la colocation, avant de m’installer avec toi. Eh bien, je dirais que ce n’est pas si mal. J’ai du temps pour penser, tu vois ? ...
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