1. Elaeudanla Téïtéïa


    Datte: 24/08/2026, Catégories: #nonérotique, #romantisme, #nostalgie, #personnages, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe

    ... Pourquoi pas ?
    
    Peut-être parce que le nom sonnait comme un soupir : Lis-bonne.
    
    Comme un mot qu’elle aurait pu inventer. Elle, Laetitia.
    
    Et c’est là que tout a basculé.
    
    LES PRÉSAGES
    
    Lisbonne était trempée ce soir-là. Une pluie fine, presque affectueuse, dessinait des arabesques sur les vitres du taxi. La ville semblait floue, aquarellée, comme un souvenir qui hésite entre hier et maintenant. Je n’étais jamais venu ici, et pourtant, tout me paraissait déjà vu. Les pavés inégaux, les ruelles qui montent sans prévenir, l’odeur mêlée du café noir et du linge mouillé, la musique Fado qu’on entend en passant devant les bars.
    
    En coulisses, les techniciens installaient les micros. Le pianiste accordait ses notes comme on respire : doucement, précautionneusement. Je regardais la salle depuis une fente du rideau. Les gens s’installaient, chaleureux, discrets.
    
    Et parmi eux, quelque chose. Pas une personne, juste une sensation, une ombre. Un parfum, le sien. Pas fort. Mais précis. Un mélange de feuilles séchées, de cuir, et d’un soupçon d’amande amère.
    
    Mon cœur s’est serré comme un poing dans ma poitrine.
    
    Elle était là.
    
    Pendant le concert, tout vibrait de cette présence. Chaque chanson sonnait différemment, comme si elle les déformait. À la troisième chanson, j’ai cru la voir. J’ai compté dans ma tête : rang G, siège 12.
    
    Une silhouette penchée dans la semi-obscurité de la salle, un châle sur les épaules, ses bracelets à peine visibles sous ses manches ...
    ... longues.
    
    Je chantais pour elle, pour que le temps s’efface, pour que les mots deviennent un pont vers ce strapontin, vers ce regard flou, vers tout ce que j’avais perdu.
    
    Mais à la fin du concert, quand les projecteurs se sont éteints et que les lumières se sont rallumées…
    
    Elle n’était plus là. Le siège 12 de la rangée G était vide. Et sur son fauteuil, posé comme une offrande, un tout petit objet, un médaillon en argent, au bout d’une chaîne, légèrement cabossé. Et à l’intérieur, une photo, pas d’elle, de moi. J’étais endormi derrière le comptoir de ma librairie, une photo prise en douce, à travers la vitrine. Un cliché intime, impossible à obtenir sans m’avoir longuement observé.
    
    Mes mains ont tremblé, ma gorge s’est nouée. Elle avait été là. Elle me suivait encore.
    
    Ou bien…
    
    Elle ne m’avait jamais quitté.
    
    Un frisson, un silence, et dans la loge, en rentrant, une enveloppe m’attendait. Pas timbrée. Pas signée. Juste glissée sous la porte, comme un secret.
    
    LA RÉVÉLATION
    
    Je suis resté debout longtemps, l’enveloppe à la main, n’osant pas l’ouvrir. Il faisait chaud dans la loge, mais j’avais froid aux doigts. Je savais qu’il y aurait quelque chose d’important dedans.
    
    Pas une explication, Laetitia ne donnait pas d’explications. Mais une piste. Un fil.
    
    Je l’ai ouverte lentement, comme on entrouvre une porte interdite. Il y avait une seule page, écrite à la main, de cette écriture nerveuse, penchée, reconnaissable entre mille.
    
    Je suis resté figé. Le ...