1. Elaeudanla Téïtéïa


    Datte: 24/08/2026, Catégories: #nonérotique, #romantisme, #nostalgie, #personnages, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe

    ... C’est drôle. Il ne sait pas que je l’aime depuis toujours. »
    
    Je suis resté immobile longtemps. Un mélange d’euphorie et de vertige m’envahissait. Je croyais rêver. Mais le carnet était là, bien réel, posé contre ma poitrine. La preuve matérielle que je ne rêvais pas.
    
    Le lendemain, j’ai voulu la revoir, lui dire, tout lui dire. Mais la maison au bout de l’impasse était vide.
    
    J’ai regardé à travers le carreau, les rideaux étaient enlevés, une pochette de disque vide sur le sol, le chat disparu, Laetitia envolée.
    
    LE CREUX
    
    Les jours suivants, j’ai vécu comme un homme qui a perdu la parole, l’envie de parler, plutôt. Je me levais tôt, plus tôt encore. Je traînais autour de l’impasse comme un chien perdu, prétextant des livraisons imaginaires. Je suis même entré dans la maison. La sienne. La nôtre, peut-être.
    
    Tout était abandonné, mais pas complètement vide. Il restait un mug ébréché dans l’évier, encore un peu tiède, j’ai cru, enfin peut-être. Un vinyle rayé sur la platine, figé sur un souffle sans fin. Des boucles d’oreilles oubliées sur une étagère comme deux petites larmes en or.
    
    Et sur le mur, griffonné à la craie, un mot unique :
    
    « Invisible. »
    
    Je suis resté là des heures à regarder cette écriture blanche. Il ne restait d’elle que ce mot, et les battements de mon cœur en décalage.
    
    J’ai collé des affiches dans le quartier. Pas des vraies, non, juste des feuilles blanches, sans image, sans nom. J’y avais écrit :
    
    « Si tu lis ceci, sache que je ...
    ... t’ai lue. Et que je t’attends. »
    
    Rien. Pas un signe. Pas un frémissement.
    
    Le village a repris sa vie. Le boulanger d’en face a repeint sa devanture. Le café a changé de nom. Le facteur a changé de tournée. Et moi, je me suis figé.
    
    Je croyais qu’elle reviendrait, comme on croit qu’un disque rayé finira bien par sauter et relancer la musique. Mais les jours passaient, lents et silencieux, et même la ville semblait vouloir l’oublier.
    
    Les enfants ne parlaient plus d’elle.
    
    Le vieux du bar disait :
    
    — Laetitia ? Elle n’a jamais existé, va. C’était une passante. Une illusion. Une fille de saison.
    
    Mais moi, je savais. Je portais encore son absence comme une chemise à l’envers. Elle m’avait marqué au fer doux. Par son mystère. Par son carnet. Par le vide qu’elle laissait derrière elle.
    
    Alors j’ai écrit. J’ai écrit cette histoire, mon histoire. Pas pour elle, pour moi, pour comprendre.
    
    J’ai écrit des poèmes, que j’ai mis en musique pour en faire des chansons. Des mots simples, déchirés, des mélodies tristes, humides, désaccordées.
    
    Et ça a plu. D’abord à quelques-uns, puis avec le bouche-à-oreille, à tout le monde. On me disait poète. On me surnommait« le type qui chante les femmes disparues ».
    
    On ne savait pas que je ne chantais qu’une seule femme, que je chantais Laetitia.
    
    Un jour, un producteur m’a proposé une tournée et un concert à Lisbonne, dans un théâtre ancien, avec du velours et des lumières tamisées. J’ai dit oui, sans trop savoir pourquoi. ...