1. Elaeudanla Téïtéïa


    Datte: 24/08/2026, Catégories: #nonérotique, #romantisme, #nostalgie, #personnages, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe

    L’ARRIVÉE
    
    Tout le monde la connaissait dans le quartier.
    
    Pas pour ses mots, non. Elle en disait si peu qu’on aurait cru qu’elle les économisait pour un roman.
    
    Mais elle était là, chaque jour, comme un mirage récurrent, et ça suffisait. Du moins, ça me suffisait.
    
    On ne savait pas d’où elle venait.
    
    Certains disaient du sud, d’autres parlaient d’une île lointaine, bordée de fleurs rouges et de sable noir.
    
    Un vieux cafetier jurait même l’avoir vue dans une vie antérieure, danser sur un toit à Naples, nue sous la lune, le corps couvert de bracelets.
    
    Ce qui est sûr, c’est qu’elle était arrivée un soir d’orage, chaussée d’espadrilles et trempée, un chat de gouttière sous le bras et un sac de toile brodé de petites étoiles dorées.
    
    Elle n’avait sonné chez personne. Elle s’était installée, simplement, dans la maison vide au bout de l’impasse, celle que tout le monde croyait hantée.
    
    Et puis, elle a disparu à l’intérieur. Pendant trois jours. Sans un son.
    
    Quand elle en était ressortie, elle portait une robe bleue fendue jusqu’au genou, et à ses doigts, des bagues de toutes sortes, opales, turquoises, verroteries, comme un inventaire de rêves échoués.
    
    Ses poignets étaient entourés de bracelets fins qui tintaient comme des grelots de fête foraine.
    
    Ses cheveux, toujours détachés, semblaient animés d’une volonté propre.
    
    Elle avait l’allure d’une bohémienne, mais sans roulotte. Une fée fatiguée. Une chanson sans refrain.
    
    On l’appelait Laetitia, ...
    ... parce que c’est tout ce qu’elle avait dit, un jour, au poissonnier du coin.
    
    — Votre nom, Mademoiselle ?
    — Laetitia. C’est assez.
    
    Elle sortait toujours à la même heure, vers sept heures vingt du matin.
    
    Et moi, j’étais là, debout derrière la vitrine de ma librairie, le rideau de fer encore à moitié fermé.
    
    Elle passait devant sans jamais me regarder. Pas une seule fois. Mais moi, je ne manquais jamais un seul de ses passages.
    
    Je prétendais arranger les magazines, classer des piles de romans sur des étagères, ou bien encore vérifier les horaires du bus sur mon téléphone, mais en vérité, je n’étais là que pour elle.
    
    Il y avait dans sa démarche quelque chose d’hésitant, comme une mélodie qui se cherche. Elle ne marchait pas droit. Elle flottait, presque.
    
    Parfois, elle fredonnait un air que je ne reconnaissais pas, peut-être une chanson d’un autre siècle, ou peut-être inventée. Il m’arrivait de passer la journée à essayer de la retrouver, cette mélodie, comme on cherche un rêve oublié au réveil.
    
    Les enfants du quartier la saluaient timidement. Elle leur répondait en souriant, mais elle ne s’attachait pas.
    
    Elle ne restait jamais longtemps quelque part. Même au café du coin, sur la terrasse, elle ne prenait pas la même table. Elle lisait des livres usés, qu’elle déposait ensuite dans la boîte à livres, parfois annotés au crayon (j’allais toujours les récupérer). Elle écrivait dans des carnets en cuir. Et parfois, elle dessinait. Des visages, des oiseaux, des ...
«1234...»