1. la fin du lithium


    Datte: 20/08/2026, Catégories: f, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe

    ... à pas rapides des ruelles aux pochoirs lumineux et criards de leurs échoppes. J’étais heureuse et ce bonheur-là valait bien que je m’en contentasse. J’avisais l’enseigne orangée d’un petit hôtel. Chaque lettre s’allumait tour à tour. De la première à la dernière et retour. L’idée était cocasse, car son nom était un palindrome. Chic, mais sans prétention, la chambre donnait sur la rue. Je laissais tomber mon corps sur le lit sans me glisser dans les draps. L’aller et retour de la lumineuse enseigne palindromique ne me laissa pas m’endormir avant quatre heures du matin et me sortit du sommeil à six passées.
    
    Plus tard en matinée, je repris par les Halles, m’enquis avec succès auprès de la vendeuse de l’oubli de ma jupe et mes escarpins dans la cabine. Je sortis de là, le grand sac au sigle de la chaine contenait mon ensemble-pantalon Stan Smith. Je me sentais bien aujourd’hui sous ma jupe courte. Perchée sur mes talons j’avais envie de dominer le monde. Oui je cherchais le petit homme du regard, mais chaque station me laissait sans lui. Et pourtant à chaque souffle d’air comprimé des ...
    ... portes du métro, il me semblait le voir tout près de moi. Mes doigts invisiblement se contractaient sur son sexe absent, son pouce et son index allaient et venaient dans les trous de mon corps. Machinalement, je pistonnais le vide, discrètement, mentalement, mon index replié sur le frein de sa queue. Je fermais les yeux pour m’imprégner de ce souvenir. Comme une petite source qui humecterait la mousse, mon sexe refluait un suc, ma peau se raffermissait, je restais là comme clouée au siège par le désir. De station en station, je serrais les poings et tout de moi luttait tant l’envie tannait les sens, mon sexe battait comme un cœur indépendant.
    
    Au beau milieu de la foule qui allait en tous sens, désordonnée, j’avais retrouvé la vie.
    
    J’eus grand-peine à rejoindre mon appartement, la tentation de tous ces corps d’hommes déambulant, m’obligeait à combattre les démons du désir.
    
    Je m’allongeais sur mon lit où l’assistance électrique de mon joujou oblongue me tint en éveil jusque tard dans la nuit. Mes soubresauts cessèrent avec la fin du lithium des piles qui alimentaient mon compagnon habile. 
«1234»