1. la fin du lithium


    Datte: 20/08/2026, Catégories: f, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe

    ... sur le tissu de lin de sa braguette. Son sexe semblait être un témoin de relai quatre-fois quatre-cents mètres.
    
    Si plus jeune, plus jeune d’un hiver je l’avais imaginé en butée contre mon cul, aujourd’hui seul le petit homme semblait concerné.
    
    Les stations se succédaient et l’homme s’enhardissait. Il n’eut pas le cran de sortir son sexe, mais je crus bon de passer ma main dans la fermeture de son pantalon, et vous connaissez ma dextérité, bientôt son gland huileux glissait entre mon pouce et mon index. Pour autant ma recherche du plaisir était vaine. J’étais aux portes du renoncement. Le petit homme joua en retour également de son index dans mon sexe et son pouce entra dans mon cul. Il me faut alors vous dire que ce que j’aurais franchement accueilli comme un geste classieux et salutaire avant, me déclencha une souffrance, car j’étais sèche, aride comme la roche. Je rabattis sa main, rajustai ma jupe. C’est fou, me disais-je, ce qu’un espace si confiné peut permettre.
    
    Avant l’entrée dans la station Châtelet-les-Halles, avant l’ouverture des portes, il prit de force ma main et par pure bonté d’âme, je branlais sa queue bien cachée par les pans de son imperméable. J’entendis le petit cri étouffé qu’il lâcha, couvert par le souffle d’air comprimé des portes du wagon. Je filai sur le quai, essuyant les scories de son plaisir dans quelque kleenex. Pour autant mon humeur n’était pas au beau fixe. Pour un peu j’aurai pleuré. Le plaisir m’avait laissée seule, le désir ...
    ... abdiquait.
    
    Dans la galerie marchande, j’entrais dans un magasin de prêt-à-porter et troquais ma jupe contre un pantalon large et sobre. J’abandonnais dans la cabine mes hauts talons et chaussais des Stan Smith. J’étais résignée à vivre en marge du désir. Il en serait ainsi désormais. Irais-je consulter ? Serais-je prochainement recluse en quelque abbaye de Bourgogne ? Voilà ce qui occupait mes pensées quand je quittais la station des Halles. Il me restait la rue, l’errance sans autre but que d’apaiser la douleur – doloriste n’est pas de ma philosophie pourtant – et de rendre plus léger ce corps âpre et cet esprit chagrin.
    
    Nous étions encore dans l’horaire hivernal et bientôt les phares des voitures striaient la chaussée. Les lampadaires éclairaient la ville. Une typographie multiple et disparate habillait les façades, les vitrines, les panneaux, les rues. D’ordinaire, je n’avais que peu d’égard pour cette incroyable luminescence, pour ce costume nocturne qui habillait Paris. Après une part de flan et un chocolat chaud j’entrepris de baguenauder au bon gré de mon attrait pour telle ou telle enseigne. Je pris quelques clichés avec mon iPhone. Puis bon an mal an, je sentis comme revenir en moi, en mon corps, un délassement, une aisance. Une désinvolture. Je marchais d’un pas enlevé, humant l’évanescence de mon parfum et la petite coulure de sueur de mes aisselles. Je me sentais bien dans ma ville, bien dans ses rues, ses impasses. Longuement je longeais les avenues, j’enchainais ...